Après Séance : La Belle Époque

La Belle Époque est une comédie dramatique écrite et réalisée par Nicolas Bedos.

Il y a peu, je suis allée voir « le film dont on cause », « La Belle Epoque » de Nicolas Bedos J’en avais entendu tellement de bien tant par les médias que par mes amis que j’étais vraiment impatiente et que j’avais également très peur d’être déçue. Quand on attend trop d’un film on est souvent déçu, enfin c’est mon cas.

Le film commence par une scène étrange. Un groupe de personnes dînent, dans le « monde » de Napoléon III. Jusque-là, on se dit qu’on n’est pas de tout dans les 70’s, on est perdu. Les personnes attablées traitent les acteurs jouant les serviteurs noirs de façon raciste comme l’auraient fait, malheureusement, les gens de cette époque. Arrive un commando paramilitaire armé jusqu’aux dents qui se met à tirer sur tout le monde afin de les dévaliser et de venger les acteurs noirs qui subissent ces humiliations.

Je suis plus que surprise et me demande même si je ne me suis pas trompée de salle quand arrive un générique sur une tablette informatique et je me rends compte, soulagée, que c’est Daniel Auteuil qui regarde cette vidéo et qu’il n’a pas l’air de comprendre plus que moi de quoi il s’agit. Il s’agit du pilote d’une websérie produite par son fils et un ami. Sa femme, Marianne (Fanny Ardant) se moque de son « intolérance volontaire » à la technologie avec son fils, Maxime (Michael Cohen) et le film commence enfin.

Ce couple de presque-septuagénaires connait une grave crise. L’un comme l’autre refusent de vieillir mais d’une façon totalement différente. Lui accepte le vieillissement de son corps (probablement trop puisqu’il n’essaye pas de le ralentir en prenant soin de sa tenue ou de son comportement) mais en trouvant refuge dans ses souvenirs et en refusant les avancées technologiques que sa femme trouve amusantes, pratiques, intéressantes voire passionnantes. Vivre avec son temps est sa façon à elle de ne pas vieillir. Elle refuse de s’encroûter dans un monde ennuyeux où il ne lui resterait qu’à attendre la mort. Elle trouve que le comportement de « vieux » de son mari est impoli vis-à-vis d’elle, de son fils et de ses amis. Elle ne supporte plus de voir la vieillesse dans les yeux et le comportement de son alter-ego. Son grand-amour n’est plus qu’un fardeau pour elle. Elle vit avec lui mais ne le respecte plus. Elle a même pris un amant.

Victor, ancien dessinateur reconnu, a perdu son travail parce que les livres et les revues en papiers ne se vendent plus. Il n’a pas envie de se battre pour être à la hauteur de notre société de technologie dans laquelle il ne se reconnaît pas et dont il ne veut pas voir les avantages qu’elle peut présenter. Le clash est inévitable entre lui et sa psychanalyste de femme et, en effet, elle le met à la porte de chez eux sans autre forme de procès.

C’est ce soir-là que son fils lui offre une invitation à revivre la journée de son choix gratuitement. Il s’agit d’une entreprise montée par un ami d’enfance de Maxime, Antoine (Guillaume Cannet) qui a toujours eu beaucoup d’affection et d’admiration pour Victor qui lui a « sauvé la vie » alors qu’il n’était qu’un enfant en lui donnant le goût de l’histoire.

La question est intéressante pour chacun de nous. Pour ce voyage dans le temps (sans De Lorean et sans Doc Brown), un voyage dans le temps avec les moyens techniques dont nous disposons actuellement (acteurs, décors, oreillettes, internet). Quel grand moment de l’histoire souhaiterions nous revivre, sachant que nous ne pourrons rien changer à l’avenir quoique nous fassions dans le passé (pas de faille spatio-temporelle possible ce qui peut être à la fois rassurant et désolant) ?

Pour Victor, le choix est vite fait. Il veut revivre la journée où il a rencontré l’Amour de sa vie, sa femme, le 16 Mai 1974, dans le café La belle Epoque à Lyon.

Parallèlement, nous découvrons un peu plus la vie d’Antoine. C’est un ancien scénariste, un brin maniaque, qui attache une importance capitale au moindre détail afin que les clients de son entreprise de « voyage dans le temps » soient satisfaits. Il pense que tout doit être parfait pour que les clients se sentent vraiment transportés et il a raison même si ça le rend particulièrement désagréable avec les acteurs, les costumiers, les éclairagistes et les décorateurs. Le spectateur se sent vraiment invité dans les coulisses d’un film. J’ai eu vraiment l’impression, et je ne pense pas être la seule, que Guillaume Canet joue le rôle de Nicolas Bedos d’autant qu’il vit une histoire d’amour compliquée avec une de ses actrices, Margot (Doria Tillier).

Malgré tous les efforts de l’équipe, beaucoup aidée par les dessins de Victor pour la reconstitution des lieux et des personnages, Victor a du mal à se croire revenu dans le passé. L’aide d’un autre client, Pierre (Pierre Arditi) lui sera d’un certain secours. Cet homme est là pour revoir son père décédé et lui dire tout ce qu’il n’a pas pu lui dire avant sa mort (une vraie thérapie, selon lui) et ça lui fait du bien alors il recommence régulièrement. C’est lui qui l’aide à se détendre et à vivre cette expérience plutôt que de la regarder avec des yeux d’observateur critique posant des questions pièges et notant toutes les erreurs : « Quel est le nom du ministre des finances ? », « Ce verre n’était pas rempli d’eau. », « Elle n’a pas dit tout à fait ça ».

Sa très chère Marianne est jouée par Margot qui, comme tous les autres acteurs de cette reconstitution, travaille avec une oreillette. Petit à petit, Victor se prend au jeu. Il admire, en elle, l’image de sa femme telle qu’elle était il y a un peu plus de 40 ans mais pas seulement. Il est sous le charme du fort caractère de cette jeune femme qui balance son oreillette pour partir en impro, contre l’avis d’Antoine. A mon humble avis, c’est à ce moment-là que Victor entre dans le jeu parce que, c’est par ce geste et cette liberté d’esprit qu’elle ressemble le plus à Marianne.

S’ensuit une série d’aventures croisées, entre Victor qui est prêt à tout pour continuer l’aventure avec Margot, jusqu’à vendre un appartement de vacances pour obtenir l’argent nécessaire à la suite de l’histoire, accepter un travail auprès de son fils pour faire les dessins d’un jeu vidéo, soigner son look, bref, RAJEUNIR dans son comportement et son physique, jusqu’à une fin attendue mais tellement émouvante. L’histoire d’amour entre Antoine et Margot évolue aussi au cours du film. On a l’impression que deux façons de vivre l’amour sont mises en parallèle dans ce film. La façon seventies où l’amour amenait au mariage (même sur fond de liberté sexuelle) et s’amenuisait au fil du temps pour arriver à une sorte de « je t’aime moi non plus ». Et une façon beaucoup plus passionnelle faite de ruptures et de réconciliation jusqu’au moment où on prend la grande décision qui semble plus être le fait de devenir parents ensemble que de se marier et dont on ne sait pas encore si elle sera viable sur le long terme.

J’ai vraiment aimé la reconstitution des années 70 ans les décors et les costumes même si je ne suis pas une spécialiste car je n’avais que 9 ans en 1974. J’ai adoré le jeu de Doria Tillier qui est extrêmement crédible en Fanny Ardant jeune. Elle ne l’imite pas car Madame Ardant est inimitable mais on reconnaît par-ci par-là, des intonations, des regards, des postures. Moi qui n’ai pas vu Monsieur et Madame Adelman et ne connaissait que la Miss Météo de Canal +, j’ai découvert une actrice vraiment touchante qui sait communiquer ses émotions et qui peut jouer avec les plus grands sans complexe. Ce genre de ressemblance rend d’autant plus crédible les scènes où on passe de Margot à Marianne, puis encore Margot et ainsi de suite quand l’esprit de Victor s’embrouille et mélange magnifiquement les images des deux femmes. Fanny Ardant, tout en nuance, est exceptionnelle dans ce rôle de femme amoureuse qui ne sait plus comment réveiller son prince charmant et se sent obligée d’être méchante avec lui afin de le faire redevenir ce qu’il n’a jamais cessé d’être pour elle, son unique amour. Que dire de Daniel Auteuil ? Il est Présent et crédible autant en homme vieilli qui attend la mort qu’en homme amoureux d’un leurre ou en homme redécouvrant que son amour pour sa femme est encore présent et renouvelable à l’envie et que sa vie peut encore être belle et surprenante s’il y met un peu du sien.

Le scénariste et réalisateur, Nicolas Bedos a réussi un film magnifique où tout le monde peut se reconnaître de la midinette fan de belles histoires d’amour au vieux philosophe qui oublie quelquefois de vivre à force d’observer. Ce film aurait pu être lourd à vouloir démontrer que l’amour est « enfant de bohème qui n’a jamais, jamais connu de loi » alors qu’il est en fait très léger. On rit énormément des réparties cinglantes entre les différents protagonistes. La détestation de l’autre devient sous sa plume et devant sa caméra une délectation du spectateur. Les grosses ficelles ne sont jamais employées même si on se doute souvent de la suite qui va être donnée. Certains diront que cette histoire se passe dans un monde de bobos et je n’irai pas dire le contraire mais elle est universelle car si l’on excepte le prix de cette semaine de régression, on aimerait tous voyager dans le temps sans risquer pour sa vie ou pour celle de ces ancêtres ou descendants.

Je vous recommande particulièrement la scène finale qui est une scène entre Victor et Marianne (la vraie, la seule, l’unique). C’est une scène de repas dans un restaurant où ce vieux couple se parle, enfin, à cœur ouvert. Les dialogues sont certes justes mais ce qui est le plus fascinant ce sont les échanges de regards entre ces deux monstres sacrés du cinéma français. A la fin de cette scène, j’étais en larmes et mon voisin (un homme fort) avait une petite larme à l’oeil tellement il était touché.

Pour moi, c’est une scène d’anthologie qui mériterait d’être étudiée dans les écoles de cinéma. Personnellement, j’ai trouvé que Nicolas Bedos avait eu l’ultime élégance de ne pas nous laisser sortir de la salle en pleurs en ajoutant une petite scène extrêmement drôle pendant le générique afin de nous libérer de cette émotion. Ce qui ne m’a pas empêché de sortir de la salle de cinéma avec l’envie d’y retourner pour revivre toutes ces émotions positives, négatives, drôles ou tristes comme on a envie de remonter dans un grand 8 après avoir fini son tour.

Merci Monsieur Bedos. Merci Mesdemoiselles Ardant et Tillier. Merci Messieurs Auteuil, Canet et Arditi. Merci aux décorateurs et costumiers. Merci à tous de nous avoir fait croire pendant deux heures à vote histoire et de nous avoir démontrer que l’amour ne meurt jamais si on sait comment entretenir sa flamme et comment la ranimer au besoin.

Béatrice Lascourbas.

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