Après Séance : Les Misérables

Les Misérables est un drame policier français coécrit et réalisé par Ladj Ly.

Premier film du réalisateur Ladj Ly, adaptation de son propre court-métrage du même titre tourné en 2017, récompensé par le Prix du Jury au dernier Festival de Cannes, « Les Misérables » est incontestablement l’un des films qui aura le plus fait parler de lui cette année, en bien.

Avec pour toile de fond la banlieue parisienne et ses tensions, le film suit les pas, le temps d’une journée, d’un trio de policiers de la BAC (Brigade Anti-Criminalité) composé de Chris et Gwada, deux flics au bords de la crise de nerfs et Stéphane, nouvelle recrue aux méthodes plus pédagogiques et moins musclées que celle des deux autres. Une journée placée sous le signe de la tension permanente, qu’une bavure plus ou moins accidentelle va transformer progressivement en Enfer.

Le film est à l’image de son sujet : choc, brûlant, réaliste et frontal. La grande force du réalisateur est de ne jamais prendre parti pour qui que ce soit (ni pour les flics, ni pour les jeunes ni pour les « Parrains » de la banlieue). Optant pour un langage très cru (mais malheureusement vrai) et pour des images dures telles que des pré-ados se faisant cogner par les policiers et vice-versa, « Les Misérables » ne verse jamais dans la complaisance, aucune des scènes choquantes n’est jamais gratuite, tout a un sens. Choisissant une approche presque documentaire (caméra à l’épaule, gros plans sur les visages des différents personnages pour bien faire ressortir toutes leurs émotions) tout en restant dans le cinéma de fiction, Ladj Ly arrive à mieux nous faire ressentir tout cette terrible réalité que nous croyons connaître mais finalement non. En nous décrivant un milieu social des plus dérangeants (guerre des gangs, enfants de cités livrés à eux-même, flics profitant de leur autorité pour faire peur aux autres, caïds de banlieues se livrant à des guerres des gangs), le réalisateur entend bien tirer la sonnette d’alarme d’un système qui va mal, dans lequel la violence et la délinquance ont pris le pouvoir.

A cet égard, le film peut faire penser à « La Haine » de Mathieu Kassovitz, sortit il y a 24 ans, au sujet similaire (la crise des banlieues françaises) et, dans une moindre mesure, à « Do The Right Thing » de Spike Lee, qui traitait des tensions raciales dans un quartier fragile de Brooklyn. Si, à l’instar de ses confrères, Ly dénonce de manière volontairement déstabilisante un système qui va mal, il s’attarde néanmoins sur les états d’âme de ses différents protagonistes, insistant aussi bien sur leurs mauvais penchants que sur leurs blessures profondes, ce qui les rend (eux et son film) d’autant plus humains.

Au niveau de l’interprétation, elle est assez bonne dans l’ensemble. Les trois comédiens principaux (Damien Bonnard, Alexis Manenti, Djibril Zonga) qui incarnent le trio de flic Stéphane-Chris-Gwada sont troublant de naturel et de sincérité, mention spéciale à Alexis Manenti, qui arrive à rendre son personnage tout autant détestable que plaintif. A noter également, la performance impressionnante des très jeunes acteurs dans des rôles de pré-ado eux-même au bord de la crise de nerfs. Une fois encore, cette sensation de « naturel pure » participe à l’approche documentariste voulue par le cinéaste, à tel point que l’on a l’impression, en tant que spectateur, de voir sur l’écran des personnes réelles et non pas des comédiens en train de jouer.

Quant au sens du titre, s’il se réfère de manière assez explicite au célèbre roman-fleuve de Victor Hugo, il entend définir l’ensemble des peuplades de ce microcosme qu’est la banlieue (flics, caïds, jeunes); Ladj Ly allant même jusqu’à inscrire sur l’écran l’une des citations du livre (“Il n’y a ni mauvaises herbes ni mauvais hommes. Il n’y a que de mauvais cultivateurs”), phrase qui non seulement résume bien le propos social du réalisateur et qui en plus souligne l’influence contemporaine du roman de Hugo sur le film.

Violent, dérangeant, percutant mais sonnant terriblement juste, « Les Misérables » est incontestablement le film uppercut de cette fin d’année, récompensé à juste titre et qui mérite, de par l’importance de son sujet et ses nombreuses qualités filmiques (réalisation, interprétation, montage) d’être vu par tout un chacun.

François Bruwier.

Un commentaire Ajouter un commentaire

  1. Fab!en dit :

    J’ai envie d’aller voir ce film, car j’en entends beaucoup parler et en bien. Merci pour ton article. 💁🏻‍♂️

    Aimé par 1 personne

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