Après Séance : La Vérité

La Vérité est un film dramatique franco-japonais écrit et réalisé par Hirokazu Kore-eda.

Après s’être penché sur ce qui fonde l’authenticité du lien père-fils dans « Tel père, tel fils » (2013), Hirokazu Kore-eda, entre temps auréolé à Cannes par la Palme d’Or 2018 pour « Une Affaire de famille », ausculte à présent la question de la transmission et de la reconnaissance dans les liens filiaux au féminin. Sous l’impulsion de Juliette Binoche elle-même, qui tiendra ici le rôle de la fille, il adapte un projet de pièce centrée sur une star vieillissante et organise son scénario autour de la figure iconique de Catherine Deneuve, qui sera donc la mère.

Une mère non seulement actrice, mais en plus écrivaine, puisque sa fille, scénariste qui a dû fuir jusqu’à New-York pour y fonder une famille, revient dans la demeure maternelle flanquée de mari (Ethan Hawke, passablement neutralisé) et enfant (la toute jeune Clémentine Grenier), à l’occasion de la parution des mémoires de sa mère. On imagine que les retrouvailles entre la star sur le déclin et sa fille qui s’est gardée d’épouser la profession de sa mère seront saignantes. À son aise dans l’exploration des rapports familiaux, le cinéaste japonais, qui a pris le risque de diriger une équipe entièrement française, tourne avec un plaisir visible autour des deux grandes actrices françaises pour scruter l’alchimie de ce duo sacré et en recueillir l’évolution.

On voit ainsi Deneuve en Fabienne, une mère qui ne supporte pas que sa fille l’appelle « maman », passer quasiment d’un rôle de marâtre, acerbe, le fouet à la main, la remarque qui détrône et jamais n’intrônise, à un rôle de mère. Un rôle qui s’endosse pour ainsi dire maladroitement – une maladresse qui devient paradoxalement gage de sincérité, en tant que signant le renoncement au jeu parfaitement maîtrisé -, et dans une forme de détresse : aveu d’une jalousie, détresse qui est le plus beau cadeau d’une femme qui avait toujours tout organisé dans le but de ne rien perdre de sa superbe… Lui donnant la réplique, une Binoche initialement aussi acérée que sa mère, venant instruire un procès et presque venger la mort d’une concurrente maternelle aimée et perdue, parce que « gentille, elle »… Mais une Binoche, joliment prénommée Lumir, qui consentira également à s’émousser et à accepter d’être l’enfant de celle qu’elle a longtemps refusée comme mère. Une évolution très japonaise, donc, allant vers l’apaisement et la reconnaissance d’une tendresse.

Mais cette problématique, quoique centrale, n’est pas pour autant unique et croise un faisceau d’autres questionnements, qui la traversent en retour également : la sincérité chez des professionnelles du jeu, la frontière entre la « vraie » vie et la vie professionnelle (mais laquelle est la plus vraie ?), les sacrifices, le prix à payer… Et ensuite, comment accepter le déclin, celui qui se fait tout seul, naturellement, sans que personne ne puisse en être incriminé ni tenu pour responsable ?

On peut regretter que, pour doubler le questionnement sur la sincérité, et conjointement la vérité (où est la vérité d’une émotion, d’une histoire racontée…?), Kore-eda ait souhaité souligner son propos en imaginant un film dans le film, Fabienne jouant elle-même dans une fiction futuriste où elle tiendrait le rôle de la fille d’une mère ayant trouvé le moyen d’échapper aux atteintes de l’âge. Occasion d’offrir un niveau supplémentaire à l’interrogation entourant la sincérité des acteurs et leur implication personnelle dans leur jeu ? La démonstration se fait souvent un peu appuyée, lors des scènes de tournage, et l’émotion forcée, alors que cette nouvelle histoire en abyme brille par son invraisemblance et la pauvreté de son scénario.

Autre regret : s’il est admis que le duo des stars françaises est intéressant, Juliette Binoche semble tellement triomphante de tenir la réalisation de son projet qu’elle en oublie presque un peu de se montrer écrasée par une mère dominatrice, si bien que son personnage perd en cohérence.

On déplore d’autant plus ces faiblesses latérales que, au cœur du projet, on ne peut qu’approuver le désir de débarrasser la haine de ses masques et de mettre à nu la vérité des attachements.

Anne Schneider.

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