Il était une fois… Serpico

Serpico est un film policier italo-américain réalisé par Sidney Lumet.

Sorti en 1973, le long métrage est adapté du livre homonyme de Peter Maas. Il relate l’histoire vraie du policier éponyme Frank Serpico, qui a entrepris de dénoncer la corruption générale qui régnait au sein de la police de New York. Il a notamment témoigné à cet effet devant la commission Knapp qui avait comme mission d’enquêter sur ces allégations.


Réputé comme l’un des plus grands films de Sidney Lumet, Serpico devait être réalisé par John G. Avildsen (Rocky, Karaté Kid). A quelques semaines du début de tournage, le réalisateur américain est en désaccord avec le producteur, Martin Bregman. Ce dernier contacte alors Sidney Lumet, qui vient de réaliser deux films dans la même année. Les deux hommes tombent d’accord, et John G. Avildsen officie comme assistant prestigieux de Lumet. Le tournage est concentré à New-York dans plus de près 104 endroits différents  à travers les quartiers du Queens, du Bronx, de Manhattan et de Brooklyn.


A l’aube du renouveau…

Avant toute chose, Serpico est le symbole d’une rencontre, une véritable rencontre de cinéma entre Sidney Lumet et Al Pacino. A l’époque, l’acteur américain est en pleine ascension après avoir collaboré avec Jerry Schatzberg (Panique à Needle Park, L’épouvantail) et Francis Ford Coppola (Le Parrain). De son côté, le cinéaste a déjà une filmographie assez importante, avec plus d’une quinzaine de réalisations. Chacun est conscient du potentiel et du talent de l’autre, ce qui crée le noyau parfait pour accoucher d’un grand film.

D’entrée, Sidney Lumet nous immerge totalement au sein de l’intrigue et du parcours de Frank Serpico. En deux minutes à peine, le réalisateur fait d’une grande efficacité. Il fait preuve d’audace en dévoilant une partie du climax, qui amène à la fois un intérêt pour le personnage principal, ainsi que pour la thématique centrale du film. Un parti pris qui n’était pas du goût des producteurs, pourtant il pleinement justifié dans la démarche du cinéaste.

Il est difficile de ne pas penser aux précédents rôles d’Al Pacino, qui résonne dans son incarnation de Frank Serpico. L’acteur renvoie à plusieurs miroirs, d’ailleurs cela s’étend sur l’ensemble de sa carrière. Peu importe les personnages qu’il interprète, il y a quelque chose d’authentique qui en ressort. Une caractéristique rare, et qui départage les grands acteurs, des immenses acteurs. Al Pacino se donne corps et âme dans ses choix, et y injecte son talent instinctif. Sidney Lumet et lui fonctionnent sur le même axe artistique, mais avec des approches de travail différentes. Cela se traduit par le fait qu’ils n’ont pas le même métier, ni le même parcours.

Sidney Lumet et ses scénaristes emprunte plusieurs codes du polar et du film noir, tout en créant un nouveau souffle à ces deux genres si proches l’un de l’autre. A eux trois, ils font preuve de respect envers le roman de Peter Maas, et plus précisément du combat de Frank Serpico. Le cinéaste américain se retrouve dans le combat face aux multiples dérives du système, aussi bien juridiques, que politiques. Comme à son habitude, Sidney Lumet entreprend une approche réaliste des faits, de son milieu et de son époque.

Sa mise en scène s’appuie parfaitement sur les quartiers de New-York, qui ne sont pas des plus sécurisants à l’époque. Son cadre capte à merveille l’atmosphère grise et fiévreuse des rues, et surtout il laisse l’instinct d’Al Pacino s’exprimer. Les décors et les costumes favorisent l’immersion dans la grosse pomme des années 70. Il en ressort une authenticité qui fait mouche, et qui vient s’allier avec la sublime photographie de Arthur J. Ornitz. Il faut également souligner l’intensité qu’apporte le montage et qui colle efficacement à l’étau qui resserre autour de Frank Serpico.

Le scénario a clairement été composé afin que le spectateur ouvre les yeux sur le monde qui l’entoure et principalement sur les institutions les plus importantes de notre société. Une dénonciation qui passe par la complexité humaine dans ses défauts, sa sensibilité et sa fragilité. La justice et la police sont traités avec subtilité, sans trop entrer dans les clichés ou bien dans l’exagération. A l’image du travail de Lumet, il y a un équilibre authentique. L’atmosphère et les mentalités des années 1970 sont parfaitement retranscrites. A l’image du personnage de Serpico, qui tient une apparence de marginal alors qu’il représente la loi. Un contraste qui est la grande force du script et qui est magistralement interprété par Al Pacino.

La bande originale de Míkis Theodorákis tient une saveur méditérranéenne, qui s’allie plutôt bien avec les images et la personnalité de Frank Serpico. Le thème principal est sublime et le reste est inspiré des sonorités de l’époque comme le funk et le jazz.

En résumé, Serpico est le symbole d’un bond en avant du genre dans le cinéma américain. Sidney Lumet et Al Pacino forment un duo implacable et débordant de talent.  Masterpiece !

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