Après Séance : Quelle folie

Quelle folie est un film documentaire français de Diego Governatori.

Hier soir, j’ai profité d’un ciné-débat pour découvrir le film « Quelle Folie » de Diego Governatori, avec pour seul acteur Aurélien Deschamps qui préfère le terme de protagoniste à celui d’acteur concernant ce film. Coup de chance, Aurélien était présent pour le débat et a répondu à toutes nos questions concernant le film et son handicap, l’autisme.

Ce documentaire est un film sur l’autisme joué (ou plutôt vécu) par un autiste. Diego et Aurélien sont amis depuis 15 ans. Diego avait envie de le filmer bien avant ce diagnostic d’autisme qui a été posé par un psychiatre lorsqu’Aurélien avait 35 ans. L’idée du film a mis cinq ans à prendre vie et le montage du film a duré deux ans.

L’idée du film est donc posée : ce film ne parle pas de l’autisme en général mais d’Aurélien en particulier. Comment il vit dans notre monde de normotypiques, ce qu’il ressent, ses forces, ses faiblesses, ses angoisses et ses idées sur la vie. Aurélien aurait voulu écrire au sujet de son autiste mais il n’arrivait pas à trouver le bon angle et il espère avoir pu faire passer son message à propos de l’autisme via ce film.

Le film commence sur de magnifiques images de La Navarre, région d’Espagne où est tourné le documentaire. Les collines désertes, des éoliennes et de jeunes taureaux dans un pré, nous donnent un premier aperçu du besoin d’isolement d’Aurélien. Ce qui m’a le plus frappéc’est l’ombre de ces éoliennes qui se reflètent sur le chemin de terre de façon tellement régulière, trop régulière pour ne pas me mettre mal à l’aise. Alors que c’est cette régularité-là qui rassure Aurélien. Puis nous suivons les premiers essais de dialogue entre Aurélien et Diego. Aurélien se promène dans une forêt et cherche la meilleure façon de commencer son discours. Il est filmé de dos. On ressent immédiatement la difficulté qu’il a à s’exprimer, non parce qu’il cherche ses mots (le film nous confirmera qu’il a une très grande maîtrise du vocabulaire) mais parce qu’il cherche les bons mots, les bonnes phrases, les bonnes images….. La tension qu’il a en lui est palpable à ce moment, augmentée par des tics de langage. Les dix premières minutes du film sont assez déroutantes. On suit un Aurélien qui noie sa nervosité dans un flot de paroles. Puis, petit à petit, avec l’aide de Diego, son discours devient plus fluide et totalement compréhensible par les non-autistes.

Aurélien nous emmène alors dans son monde. Celui d’un être qui ne maîtrise pas toutes les règles de notre société de communication superficielle. Il veut du sens dans tout ce qu’il dit alors ça complique ses relations aux humains Aurélien utilise beaucoup les métaphores pour illustrer son propos et cela nous aide vraiment à comprendre. Il n’hésite pas à nous confier ses angoisses face au monde. Il se sent comme s’il observait, depuis l’extérieur, les « névrosés » enfermés dans un bocal, en train d’interagir. Lui voulant entrer dans ce bocal mais n’y arrivant qu’au prix de gros efforts qu’il n’est pas apte à faire tous les jours. On ressent vraiment bien le prix que lui coûte chaque effort d’autant que rapidement Diego va l’emmener pour le filmer au cœur de la ville de Pampelune pendant la feria.

Lors des scènes dans les rues de la ville, mon empathie est complète avec Aurélien qui doit se mouvoir dans cette foule toute habillée de rouge et de blanc, nombreuse et d’humeur festive et qui le prend pour une célébrité puisqu’il se déplace tout de noir vêtu suivi d’une caméra et d’un preneur de son. Les interactions avec ces gens sont d’ailleurs un moment très drôle du film. Puis on monte d’un cran, et les images suivantes montrent le côté dérisoire de cet « esprit de fête ». Les gens sont là pour courir devant des taureaux, boire, voir et être vu, quitte à s’exhiber. Ils s’aspergent de vin les uns les autres. Le lendemain, ils dorment dans les parcs sur le sol et laissent une ville dans un état lamentable au soin des cantonniers. On se sent un peu honteux de faire partie de cette norme. On arrive presque à avoir une image « romantique » de l’autiste, éternel incompris, seul avec lui-même, qui se tient éloigné de cette euphorie. Mais Aurélien nous ramène à sa réalité qui est que l’autisme est bel et bien un handicap qui n’a rien de « glamour ».

Aurélien nous explique sa façon de réfléchir à cette maxime très connue « Lorsque le sage montre la lune, l’imbécile regarde le doigt ». Et si l’imbécile n’était pas celui que l’on croit ? Et puis, n’est-il pas intéressant de regarder aussi le visage de celui à qui appartient le doigt ? Il nous donne des pistes de réflexions valables pour tout un chacun, autiste ou non. Diego veut, de son côté, illustrer l’image du bocal en donnant à voir en parallèle des images d’Aurélien filmées dans le quartier du Louvres à Paris et des images de jeunes taureaux lâchés dans l’arène de Pampelune au milieu des fêtards. Aurélien nous parle de la colère (voire la violence) qui existe en lui et qui monte quand il se sent perdu au milieu des normotypiques. Cette sensation de ne pas savoir quelle attitude adopter face à cette sensation d’être observé de façon étrange, d’être jugé par une majorité de gens qui sont différents de lui et qui le voient comme anormal.

On comprend que cette colère est liée à la peur du regard de l’autre comme la violence des taureaux est liée au fait de voir des gens qui s’agitent autour d’eux pour « s’amuser » de leur peur. Certains trouveront ce parallèle pas assez subtil mais moi je le trouve parlant et dans le sens du ressenti d’Aurélien. Dans ma tête, je revois les images de ces jeunes taureaux aperçus dans les prés au début du film si tranquilles dans le silence et le désert des collines et je comprends leur affolement devant cette foule enragée.

Ce documentaire est à la fois facile à comprendre et difficile à voir. On en sort lessivé sans doute par le fait d’avoir vécu dans la peau d’un autiste pendant une heure et demie. Je le recommande pour sa sincérité, Les belles images de Diego et surtout pour Aurélien sa façon de s’exprimer et de partager et ses métaphores du bocal, du doigt et du pilote automatique. Je finirai sur les paroles deux phrases du débat. L’une d’Aurélien « Il y a de nombreuses formes d’autisme et je ne peux pas expliquer l’autisme des autres mais seulement le mien » et celui d’uns spectatrice qui travaille auprès d’enfants atteint d’autisme lourd qui trouve que ce film lui a permis de comprendre certaines attitudes des enfants dont elle s’occupe.

Béatrice Lascourbas.

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