Après Séance : Selfie

Selfie est une comédie française réalisée collégialement par Thomas BidegainMarc FitoussiTristan AurouetCyril Gelblat et Vianney Lebasque.

Parmi les dernières sorties cinéma, j’ai été intriguée par l’affiche du film « Selfie » sur laquelle on voit une représentation de la cène très particulière. Le Dieu Internet est-il en passe de remplacer le Dieu des croyants ? Un petit teaser avec Blanche Gardin. Il n’en faut pas plus pour m’inciter à passer la porte de mon cinéma.

Le film commence par une scène étrange où l’on voit toute une famille affalée sur un canapé les yeux rivés sur un ordinateur portable. Cette famille, composée de deux parents et de trois enfants, attend en fait que leur vidéo dépasse les 2 millions de likes. Pourquoi cette impatience ? De quelle vidéo s’agit-il ? Nous n’allons pas tarder à le savoir. C’est une vidéo appartenant à un vlog tenu par cette famille et concernant la maladie grave du dernier des enfants. Nous apprenons aussi très rapidement que toute la vie de la famille tourne autour de ce vlog et des likes qu’il apporte. Le fils aîné est totalement en rébellion contre cette façon de vivre et cette chasse à la notoriété. La fille est assez passive face à ça, alors que le petit garçon malade, Lucas, s’accroche à ce vlog, visiblement pour faire plaisir à ses parents.

Le ton est donné, ce film est un film drôle mais surtout mordant sur notre vie 2.0. J’ai pensé immédiatement à la série Black Mirror en me disant que j’avais peut-être eu tord de venir voir ce film parce que le sujet des dangers du numérique a très bien été traité dans cette série.

Puis rapidement, on arrive dans un lycée dans lequel une professeure de français découvre internet par le biais d’une tablette numérique offerte pat son employeur afin d’être utilisée pour des cours. Après un moment de flou, je comprends assez rapidement qu’on a affaire à un film à sketchs comme dans les comédies italiennes des années 50/60. Ma curiosité est alors fortement attisée par ce format qui est souvent difficile à gérer en raison de la différence entre chaque histoire et de la façon de faire le lien entre chacune d’elle.

Alors, même si le film n’est pas un chef-d’œuvre, c’est un très bon film. Le ton est caustique. On rit de nos travers en se reconnaissant (ou en reconnaissant notre voisin, ami, ennemi, collègue, patron, etc…) dans l’un ou l’autre des sketchs, l’une ou l’autre des situations. Il y a 5 histoires différentes dont on est heureux de retrouver certains personnages d’une histoire à l’autre. Chacune de ces histoires se télescopent donc, on passe d’une histoire à l’autre en suivant tel ou tel personnage qui se déplace ou en rebondissant sur une situation. Rien n’est figé. C’et toujours une petite frustration quand on nous coupe d’une histoire pour passer à l’autre mais rassurez-vous toute les histoires seront terminées avant le générique de fin.

L’histoire du « vlog », nous montre la grandeur puis la décadence d’une famille qui crée un vlog pour « mieux supporter et se sentir soutenus » devant la grave maladie d’un de leurs enfants. On se rend compte très vite que la maladie de l’enfant n’est qu’un prétexte aux parents pour avoir leur quart d’heure de gloire warholien. D’ailleurs, quand l’enfant guéri miraculeusement, ils ne savent plus comment obtenir leur ration de likes quotidiens, comme le « pain quotidien » que les catholiques demandent à leur dieu dans la prière du Notre Père pour pouvoir vivre.

On se moque volontiers de ces parents, on plaint les enfants victimes de leur « grosstêtittude » Puis, on pense à notre chaîne Youtube, à notre blog, à nos comptes Facebook, Twitter, Instagram…. A notre impatience de voir comment les gens qui nous suivent vont réagir à ce que nous venons de poster. Et on se rend compte que les auteurs ont juste poussé le curseur un peu plus loin que dans la réalité comme dans toute bonne caricature et on réfléchit… Blanche Gardin et Maxence Tual sont parfaits en couple nombriliste. La deuxième histoire, « Le troll » est totalement parlante pour les personnes qui ont dépassé la quarantaine. Il s’agit de l’histoire de Bettina (Elsa Zylberstein), professeur de français un peu coincée, qui découvre les réseaux sociaux grâce à ses élèves et qui se met à troller Toon (Max Boublil), un youtubeur à succès dont tous ses élèves sont fans. Une relation épistolaire à base de messages privés et de vannes publiques se noue entre eux. Les frontières tombent entre ces deux êtres que tout oppose. Une histoire d’amour pourrait bien naître…. Je ne vous raconterai pas la suite de cette histoire.

Ce qui est amusant c’est de constater avec quelle rapidité, Bettina devient accro à son portable, non pour l’objet qu’il représente ou pour le côté réseau social, mais uniquement parce que c’est le seul lien qui la relie à Toon. Je pense que c’est la raison de beaucoup de dépendances aux réseaux sociaux, cette impression de proximité avec des gens qu’on ne connaît pas vraiment, cette impression de pouvoir juger tout et tout le monde en toute impunité pour ceux qui utilisent un pseudo. On rit de bon cœur devant ce couple lié uniquement par leur sens de la répartie jusqu’à ce qu’on se rende à nouveau compte que ces gens nous mettent en face de nos coups de cœur amicaux ou amoureux pour des personnes qu’on ne connait pas, qui sont éloignées de nous géographiquement ou socialement. Que le côté troll de Bettina nous l’avons tous eu au moins une fois parce qu’on était de mauvaise humeur et qu’on n’avait personne avec qui se disputer à la maison ce jour-là ou pour tout autre raison, ou plus simplement parce qu’on est tombé sur un sujet qui nous tenait tellement à cœur qu’on en a oublié notre sens de la mesure…

La troisième histoire s’intitule 2.6/5. Elle met en scène un Finnegan Oldfield, timide Florian, utilisateur des sites de rencontre, amoureux d’une collègue de travail, Jeanne (Alma Jodorowsky) qui fréquente le même site de rencontre mais qui n’ose pas l’aborder IRL. Du coup, il cherche à augmenter sa note sur le site ce qui lui permettra de pouvoir l’aborder virtuellement car elle a un 4,8/5. Les méthodes qu’il utilise sont hilarantes. Mais quand il arrive à ses fins… Je ne sais pas s’il existe des sites de rencontre notant les clients et ne leur permettant que de communiquer entre personnes ayant de bonnes notes mais si c’est le cas, ça ne m’étonne pas vraiment et si ce n’est pas le cas, j’ai bien peur que ça arrive plus vite que l’on ne peut l’imaginer. Si ce n’est cette histoire de notes, on se sent, une fois de plus, totalement concerné par cette méthode de rencontre et le fait que tout ne se passe pas toujours aussi bien dans la réalité que dans nos rêves car chacun a les défauts de ses qualités car, il est fort possible, qu’ une personne très belle soit narcissique, et qu’un jeune homme attentionné et très accommodant soit juste un dépendant affectif, etc….

Arrive l’histoire de Romain (Manu Payet) dont le dieu s’appelle algorithme. Cette histoire s’appelle « Recommandé pour vous ». Romain croit dur comme fer que l’algorithme du site où il fait tous ses achats le connaît mieux que lui-même et lui fait des suggestions d’achat toujours adaptées, jusqu’au jour où, il lui recommande d’acheter du Viagra. Ses croyances sont alors mises à rude épreuve ainsi que sa vie de couple. Un prêtre intervient dans cette histoire et tente de le ramener à la raison face à cette idole. Y arrivera-t-il ? Là aussi, on se sent concerné. Nous savons que nous sommes traqués dès que nous faisons une recherche en ligne et que l’algorithme va nous faire des propositions, bien souvent alléchantes, et bien souvent, nous nous laissons tenter par Le « truc inutile mais indispensable ».

La dernière histoire tourne vite au burlesque et au drame en même temps quand, lors d’un mariage sur une île où il n’y a qu’un seul point d’où on peut recevoir le réseau internet, les invités apprennent qu’un bug donne accès à toutes les données personnelles virtuelles de tout le monde. Le sujet est vraiment traité de façon burlesque, ne serait-ce que par le fait que le seul point pour se connecter est recouvert d’eau à marée haute mais c’est aussi un drame parce que les révélations que ce bug peut provoquer risque de détruire la vie de plusieurs personnes. Dans un premier temps, tout en riant des déboires de ces personnes « qui ont tant de choses à cacher », on se dit qu’on est bien tranquilles, nous, petits agneaux qui n’avons jamais trompé notre conjoint ou participé à aucune discussion houleuse avec des inconnus ou regardé des films interdits aux mineurs ou pris un pseudo bidon pour cracher notre haine ou pire. On se sent forts et prêts à juger ces délinquants informatiques dont on ne connaît pas la teneur de l’erreur mais juste l’effroi que crée chez eux la peur d’être découverts.

Et finalement, si on pousse la réflexion un peu plus loin, on se demande qui n’a pas dit du mal d’un ami, d’un membre de sa famille, de son conjoint, d’un collègue dans l’intimité d’un message privé ou d’un mail. Qui n’a pas plaisanté avec son meilleur ami sur la tenue ou le rire de la voisine de pallier ou sur les bruits qu’on a entendu la nuit précédente ? Qui n’a pas employé une tournure de phrase qui pourrait être mal interprétée si elle était lue par une personne qui ne nous connaît pas ou ne comprend pas le second degré ?

Je recommande donc ce film pour le côté comique qui amène à une réflexion sur les autres puis sur soi-même., pour les acteurs qui sont très bons, pour le format « film à sketch » qui m’a paru bien maîtrisé et parce que, même si les histoiressont légères, elles sont actuelles, réalistes et nous amènent à la prise de conscience.

Béatrice Lascurbas.

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