Après Séance : Ben is Back

Ben is Back est un film dramatique américain écrit et réalisé par Peter Hedges.

Un homme, sans âge, encapuchonné, cherche à s’introduire dans une maison, pendant que ses occupants participent à une célébration religieuse du temps de l’Avent. À leur retour, on comprend, par l’accueil réservé à l’inconnu, qu’il s’agit du fils de la maison, qui cherchait simplement à rentrer chez lui. « Chez lui » ? Est-il toujours « chez lui », dans cette demeure cossue dont il n’a visiblement plus les clés, lui, le fils d’un premier lit, qui revient un peu plus tôt que prévu d’une cure de désintoxication qu’il assure achevée ? Dès les premières minutes de cette cinquième réalisation de Peter Hedges, qui dirige son propre fils, Lucas Hedges, dans le rôle principal, le titre trouve à la fois sa justification et sa mise en doute : oui, « Ben est de retour » ; mais revient-on jamais d’une addiction aux drogues dures ?

Dès lors, tout le scénario chemine sur le fil de cette réversibilité, une réversibilité qui, à l’image du choc de la drogue, va toucher tout le monde, et pas seulement celui qui est regardé comme un drogué. En effet, Ben est-il vraiment revenu parmi les siens, ou bien cherche-t-il seulement de quoi se procurer de nouveaux stupéfiants, pour mieux replonger ? Quand est-il sincère, quand simule-t-il ? Force est de rendre hommage ici au père et au fils ; au fils, pour son interprétation magnifique de ce rôle inconfortable et son jeu douloureusement intériorisé, qui préserve le mystère de ses motivations ; au père, pour sa direction et son scénario, qui emmènent tout son monde, protagonistes et spectateurs, dans le tunnel infernal du doute et du soupçon.

En effet, comme si la drogue devenait virale, chacun se voit touché par la réversibilité, à commencer par la mère, interprétée de façon plutôt convaincante par Julia Roberts : écartelée entre son désir de préserver sa respectabilité, sa dépendance financière importante à l’égard de son nouveau mari et son attachement viscéral à l’aîné de ses enfants, est-elle un soutien pour son fils, dans sa manière de chercher à l’aider et à le protéger de la défiance de son mari ? Ou l’enfonce-t-elle dans des expériences impossibles et insoutenables ? Sa sœur, dans sa dureté apparente et son rejet, le condamne-t-elle ou le poussera-t-elle à un sursaut salutaire ? Même questionnement pour son beau-père. Et les deux jeunes enfants issus du nouveau couple, le délogeront-ils définitivement ou bien lui offriront-ils une bonne raison de devenir un grand demi-frère fréquentable ? L’amie de la famille, qui a perdu sa fille d’une overdose, précipitera-t-elle Ben dans la culpabilité, puisqu’il était le dealer de la disparue, ou lui assène-t-elle le coup salutaire qui le poussera à ne pas glisser sur la même pente ? Et que dire de ses anciens compagnons d’infortune, junkies ou fournisseurs…?

Tous ces doutes et ces questionnements précipiteront la mère et le fils dans une infernale nuit de Noël qui, loin de la chaleur habituellement attachée à cette fête, les verra s’enfoncer dans la clarté bleutée d’une errance glaciale, superbement recueillie par les objectifs de Stuart Dryburgh. Le drame psychologique se double alors d’une tension policière et le spectateur sait bien vite et très intimement, quelle que soit l’issue de cette quête conjointe à objectifs multiples, que Peter Hedges, également co-producteur du film, n’aurait pu créer plus vibrante mise en garde contre les séductions de celle qui fait encore, chaque année, trop de victimes…

Anne Schneider.

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