Il était une fois… Basic Instinct de Paul Verhoeven

Basic Instinct est un thriller érotique franco-américain réalisé par Paul Verhoeven.

Catherine Tramell (Sharon Stone), une romancière richissime vivant entourée d’anciens meurtriers, est soupçonnée du meurtre de son amant, la rock star Johnny Boz. Celui-ci a été assassiné à coups de pic à glace dans des circonstances similaires à celles décrites dans l’un des romans policiers qu’elle a écrits. Les romans de Catherine sont des polars qui mêlent sexe et crime et s’attardent sur l’instinct primaire (basic instinct) des gens. Nick Curran (Michael Douglas), un policier chargé de l’enquête et ayant un lourd passé judiciaire, doit faire face à cette « mante religieuse », qui n’hésite pas à utiliser ses charmes pour arriver à ses fins.


Le scénariste américain, Joe Eszterhas a composé l’histoire de Basic Instinct en moins d’une quinzaine de jours. Le script a été très courtisé lors de sa mise au marché, et c’est finalement la société de Mario Kassar, Carolco Pictures qui a remporté les enchères pour la modique somme de 3 millions de dollars. Le producteur américano-libanais a soumis le scénario à Paul Verhoeven, avec qui il avait déjà collaboré sur Total Recall. Le cinéaste néerlandais accepte le projet, tout en négociant une certaine liberté et approche du scénario, comme cela avait été le cas sur leur premier film.

Ayant conscience que l’histoire s’articule autour du sexe et de la violence, Paul Verhoeven ratisse au plus large pour composer son casting. Les scènes sulfureuses rebutent plusieurs stars comme Harrison Ford, Kevin Costner, Kim Basinger ou encore Michelle Pfeiffer. La liste est longue, très longue… Puis, c’est finalement Michael Douglas et Sharon Stone qui s’engagent sur le film. Une deuxième collaboration pour l’actrice américaine avec le réalisateur, après Total Recall.

Lors du tournage, Paul Verhoeven s’embrouille à de nombreuses reprises avec Joe Eszterhas. La vision du réalisateur ne convient pas au scénariste, qui souhaitait modifier certains éléments afin de ne pas s’attirer les foudres des associations féministes et LGBT. Paul Verhoeven a refuser catégoriquement de changer des personnages et certaines situations qui étaient initialement prévues. Le scénariste a finalement quitté le projet.

Bienvenue dans la partie !

L’ouverture du long métrage se fait à travers le kaléidoscope additionné avec l’envoutante partition de Jerry Goldsmith. On peut déjà y entrevoir un parallèle avec le jeu et le mystère. En l’espace de quelques minutes, Paul Verhoeven ensorcelle, voir même séduit son spectateur. Le plaisir sexuel de la première scène va s’entrechoquer avec le plaisir de tuer. Une approche que l’on a pu retrouver sur plusieurs films du genre, notamment Gone Girl de David Fincher. Cela est quelque part une référence à la mante religieuse.

Une fois le meurtre commis, l’intrigue s’installe et le spectateur fait la connaissance de l’inspecteur Nick Curran. Comment ne pas s’y attacher d’entrée ?! Michael Douglas se montre impeccable sous les traits du stéréotype du mâle dominant. Face à lui, une concurrente de taille va venir le bousculer, et cela dés la première rencontre. De par son charme magnétique et ses paroles, Catherine Tramell capte immédiatement l’attention de tous. La scène de l’interrogatoire en est la parfaite représentation. Chacun veut prendre le contrôle…

Provocations, Pulsions et dominations…

Comme pour Total Recall et Robocop, Paul Verhoeven épouse le savoir-faire du divertissement hollywoodien, tout en y apportant son sens de la provocation et le dilemme psychologique. Certains pensent que le réalisateur néerlandais s’est fait avaler par Hollywood, ce qui aurait aseptisé son cinéma. Pourtant, Basic Instinct montre clairement le contraire. A travers les scènes osées, l’atmosphère fiévreuse et surtout de l’autopsie « bestiale » de l’humain, Paul Verhoeven montre clairement qu’il est le seul maître à bord. Il articule les balises hollywoodiennes dans son sens, afin de chambouler le genre, tout en rendant hommage aux précurseurs (Alfred Hitchcock, Orson Wells…).

La dualité entre Nick et Catherine est d’une redoutable efficacité. Il faut dire que Michael Douglas et Sharon Stone se montrent particulièrement investis, comme en témoigne le fait qu’ils n’ont usé d’aucune doublure lors du tournage. L’alchimie est parfaite, ce qui contribue, en grande partie, à la réussite du long métrage. En ce qui concerne les seconds rôles, on retient surtout Jeanne Tripplehorn et George Dzundza. 

Paul Verhoeven prend un malin plaisir à jouer avec ses personnages et son spectateur. Dans son labyrinthe psychologique, il charme autant qu’il choque. Et surtout, il n’hésite à surenchérir sur les codes et les clichés, pour mieux pousser à la réflexion sur nos instincts fondamentaux. Derrière la violence et le sexe, le réalisateur reste également fidèle à son humour grinçant. Il s’éclate à bousculer nos convictions en mettant en avant un flic brillant, qui vient tout juste de sortir de cure de désintox. Et face à lui, une femme fatale qui est hautement diplômée en psychologie et se passionnée par certains meurtriers… Sans oublier, la psychologue de la police au passé brumeux et qui reste accroché au flic fragile et impulsif. Tout est orchestré pour semer le doute sur qui est le chat et qui est la souris.

Toute une époque !

La presse cinéma et de nombreux passionnés estiment que Basic Instinct vieillit très mal. Les arguments s’articulent autour de clichés, de facilités scénaristiques ou encore d’un film qui se veut uniquement scandaleux. Pourtant, c’est bien plus que cela. La carrière de Paul Verhoeven nous montre bel et bien sa passion pour mettre en avant la bestialité humaine. Il n’est pas le seul cinéaste a se focaliser sur cette thématique, on peut ajouter David Cronenberg et Gaspar Noé par exemple. Certes, le réalisateur néerlandais ne révolutionne pas complètement le genre, mais il lui donne une dimension qui lui est propre. Il s’approprie les codes pour y livrer un message cynique sur la domination qui est alimenté au quotidien.

Tout d’abord, la mise en scène de Verhoeven est totalement en adéquation avec le propos. Son cadre varie selon les situations que vivent ses personnages, et le contraste est flagrant. De la contre-plongée à la focale, tout est assembler pour mettre en lumière la thématique principale du long métrage, à savoir la domination sur l’autre. L’influence qu’a pu avoir Alfred Hitchcock sur Paul Verhoeven se fait très ressentir dans son approche de la scénographie et dans la direction des actrices et des acteurs.

Il a clairement hissé le script de Joe Eszterhas à son zénith. La plupart des « yes man » hollywoodien de l’époque nous auraient servi un produit dans la lignée de Colors of night ou Sliver. Les dialogues et les situations sont travaillés (voir appuyés) pour donner une dimension toute particulière au thriller. L’atmosphère souffle parfaitement le chaud et le froid, notamment travers son montage, ses décors ou encore l’utilisation des ombres et de la lumière.

La musique de Jerry Goldsmith participe activement au charme et au suspens du film. Son score est sublime et figure parmi l’un de ses meilleurs.

C’est pour tout cela que ce thriller a atteint le rang de films cultes des années 1990, et compte parmi les plus influents du genre.

En résumé, Basic Instinct pique juste et profondément. Paul Verhoeven est en forme, tout comme le duo Douglas/Stone.

Petit conseil, la suite ne mérite pas d’être visionné, tant elle dénature tout ce Paul Verhoeven a instauré.

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