Critique : La Maison Assassinée (1988)

La maison assassinée est un thriller français coécrit et réalisé par Georges Lautner.

Alors qu’on le croyait mort à la guerre, Séraphin Monge revient au village en 1920. Pour tous, c’est le malheur qui revient, ce malheur qui, 24 ans plus tôt, endeuilla tragiquement la Burlière, auberge située en contrebas de la route.


Le thriller rural est un genre où le cinéma français se distingue parmi les autres. Malheureusement, il se fait de plus en plus rare, aujourd’hui. On retient « Seules les bêtes » de Dominik Moll, qui s’est révélé être une belle réussite.

Revenons à présent à La maison assassinée, qui est l’adaptation à l’écran d’un livre éponyme écrit par Pierre Magnan. Le producteur, Jean Poiré achète les droits d’adaptation en 1985 et conseille le roman à Georges Lautner. Ce dernier tombe littéralement sous le charme de l’histoire et des personnages. Le cinéaste accepte d’être aux commandes de l’adaptation, puisqu’il partage également la vision que le producteur. Le casting ne devra pas être composé de grandes vedettes, bien au contraire, le film gagnera en profondeur avec des acteurs méconnus du grand public. Pour le rôle principal, Alain Poiré et Georges Lautner pensent à de jeunes étoiles montantes comme Vincent Lindon ou Patrick Bruel. C’est finalement, le natif d’Oran qui sera retenu. Il est séduit par le scénario, tout ayant quelques craintes concernant ses capacités à incarner le rôle de Séraphin Monge. Georges Lautner et Jean Poiré sont parvenus à le rassurer et à le mettre en confiance pour ce premier vrai grand rôle au cinéma. Patrick Bruel s’affiche à l’époque comme la relève de Jean-Paul Belmondo, Alain Delon…


Les blessures du passé qui ne referment pas

Après  les films de gangsters et les comédies, Georges Lautner change de registre et se rapproche du cinéma de Jean Becker et de Marcel Pagnol. Et c’est une immense réussite, qui s’inscrit comme une œuvre majeure du genre.

L’ouverture avoisine le surréalisme, de par son atmosphère humide et brumeuse. Georges Lautner travaille efficacement cette séquence « cauchemardesque », quelque chose d’horrible va avoir lieu. Le réalisateur fait preuve d’une simplicité ingénieuse, celle de l’ellipse concernant les meurtres… Cela va parfaitement alimenter l’imagination du spectateur, ainsi que la structure narrative de l’intrigue.

L’immersion est instantanée ! Les décors, les costumes et les interprètes ne font qu’un, sous le regard de Georges Lautner. On s’attache très vite au personnage principal, qui voit sa vie totalement chamboulée par les non-dits et les révélations. Le réalisateur et son équipe ont réussi a reconstituer l’atmosphère des campagnes provençales d’après-guerre. La photographie d’Yves Rodallec est superbe, et nous offre de vrais plans iconiques.

La religion, la sorcellerie et les secrets s’entrecroisent à merveille, ce qui rend le long métrage encore plus passionnant. La vengeance est la thématique centrale du script, et elle est accompagnée d’une quête identitaire. On a également la peur de l’étranger qui entraine la haine, ce qui isole encore plus le protagoniste principal.

La transition est faite pour parler de la distribution du film, qui livre une belle performance collective. Tout d’abord, Patrick Bruel en impose par son charisme et son amour pour le personnage de Séraphin Monge. L’acteur adopte parfaitement le mutisme et la colère grandissante, ce qui le rend plus que crédible en écorché vif. Une nomination aux Césars aurait été logique.

A ses côtés, Anne Brochet, Ingrid Held et Angès Blanchot sont sublimes et convaincantes. Yann Colette est impeccable en gueule cassée, à la fois touchant et charismatique. Chez les plus expérimentés, on retient principalement les prestations de Roger Jendly, Maria Meriko et Christian Barbier. Comme vous pouvez le constater, ces noms ne vous sont pas familiers, et pourtant ils auraient mérité une carrière plus en lumière.

La bande originale est l’œuvre de Philippe Sarde, qui a collaboré de nombreuses avec Georges Lautner. Le score est totalement en adéquation avec la vision du réalisateur. La musique colle au suspens et à la mélancolie qui vibrent autour Séraphin Monge.

En résumé, La maison assassinée est un grand et beau thriller à la française. Georges Lautner nous prouve une nouvelle fois qu’il était un très cinéaste et un vrai directeur d’acteurs et d’actrices.

Un commentaire Ajouter un commentaire

  1. belette2911 dit :

    Excellent ce film, je me souviens du gars avec la cicatrice et surtout, du final ! Je n’ai jamais oublié le nom du coupable. Un super film et Patriiiick était sexy en diable 😉

    Aimé par 1 personne

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