Critique : Master & Commander : De l’autre côté du monde (2003)

Master & Commander : De l’autre côté du monde est un film d’aventure américain coécrit et réalisé par Peter Weir.

En 1805, le capitaine Jack Aubrey est une des figures les plus brillantes de la Marine Royale britannique. Son courage, sa ténacité, son sens tactique lui ont valu le respect et l’admiration des officiers et matelots du vaisseau de guerre Surprise.Fidèle compagnon de ces aventures, le Docteur Stephen Maturin est son exact opposé.


Pour la première et unique fois de sa carrière, Peter Weir est aux commandes d’un blockbuster budgétisé à 150 millions de dollars. Un défi de taille que se lance le cinéaste australien, qui a bâti sa carrière des œuvres dramatiques et intimistes. Que ce soit en 2003 ou aujourd’hui, il apparait complètement dingue de produire et réaliser un film de cette ampleur. Les studios hollywoodiens ont toujours la frousse de s’embarquer dans de tels projets, tant le budget peut vite exploser et ne pas attirer l’influence suffisante pour pouvoir faire quelques bénéfices.

Lors de sa sortie en salles, Master & Commander : De l’autre côté du monde rencontre un véritable succès critique, à défaut d’une petite réussite financière avec plus de 212 millions de dollars au box office. Le long métrage se verra être l’un des grands favoris des Oscars avec dix nominations, seulement Le Seigneur des Anneaux : Le Retour du Roi va rafler onze statuettes, cette année là. Cependant, le long métrage de Peter Weir obtiendra tout de même 2 Oscars (meilleur son et meilleure photographie) et 4 BAFTA.


Stanley Kubrick, David Lean, Francis Ford Coppola et… Peter Weir ?

Fort de son succès critique et commercial avec The Truman Show, Peter Weir en a profité pour composer son « Lawrence d’Arabie des mers« , à l’heure où les studios préfèrent miser sur les super-héros ou autres blockbusters aux effets spéciaux généreux. Pour rappel, en 1986, le réalisateur australien propose Mosquito Coast avec Harrison Ford. On peut qualifier ce film comme une odyssée qui entremêle l’aventure, le thriller et le drame humain. A mon sens, Master & Commander : De l’autre côté du monde est sur la même vague, avec plus de moyens financiers et techniques.

Dés les premières minutes, Peter Weir nous invite à faire partie de l’équipage. L’aventure est amorcée par une attaque surprise d’un navire français, qui se révèle puissant et stratégique. Le spectacle est au rendez-vous, et c’est un grand plaisir que de vibrer devant de telles images. L’atmosphère est grisonnante et brumeuse, ce qui amène instantanément de l’intensité et un magnifique relief à l’écran. Le travail sonore participe totalement à l’immersion au sein du bateau.

Une fois l’action passée, le réalisateur opte pour une vision intimiste au sein de l’équipage. Les rapports humains deviennent une priorité, tout en gardant la menace française en fond de toile. Un choix audacieux pour un film maritime à gros budget. Est-il payant ? Évidemment, puisque cela renforce l’immersion au sein du film et développe les différents caractères des personnages. De plus, les décors sont magnifiques et parfaitement exploités par le réalisateur et son chef opérateur. On sent que les costumes apportent une véritable assurance aux différents interprètes, notamment les plus jeunes. Max Pirkis est attachant et convaincant en officier de marine en formation. Lee Ingleby et Max Benitz sont également très bons.

Au niveau des acteurs plus aguerris, Russell Crowe est impeccable dans la peau de Jack Aubrey. L’acteur néo-zélandais admire le personnage, et cela se ressent dans son interprétation.  A ses côtés, Paul Bettany trouve l’un de ses plus beaux rôles. Le duo fonctionne à merveille, comme c’était déjà le cas dans Un homme d’exception de Ron Howard. James D’Arcy apparait comme un potentiel grand acteur, il campe avec conviction le premier lieutenant. Il dégage du courage et une certaine sensibilité, que l’on retrouvera plus tard dans Cloud Atlas.

Le scénario s’appuie les différents échanges entre les personnages, notamment entre le capitaine et le docteur. Deux points de vue sur la guerre, la science ou encore sur le commandement. La frontière entre l’amitié et la rivalité se rétrécit. Peter Weir explore intelligemment ce rouage, qui renforce le côté intimiste du long métrage. Le cinéaste équilibre le propos en traitant également les matelots, et ce qui peut se passer en fond de cale. On peut voir tout ça comme une autopsie du navire.

Les seuls petits reproches que l’on puisse faire, c’est que l’on sent qu’il y avait le potentiel pour aller plus loin dans les rapports humains, les dilemmes ou encore dans la cupidité de l’homme. Le long métrage aurait pu encore durer une heure en plus, et ainsi de se rapprocher d’un chef d’oeuvre comme Barry Lyndon. De plus, le final apparait moins épuré que le reste du film. On s’attend à un spectacle à couper le souffle, et ce n’est malheureusement pas le cas. Il manque ce petit quelque chose pour le rendre épique et enivrant.

En dehors de ça, on ne peut que féliciter Peter Weir et son équipe pour avoir eu le cran de s’embarquer dans un tel projet. Le résultat final est remarquable et cela prouve que le cinéma « à l’ancienne » a toujours une saveur très particulière.

Pour info, Russell Crowe avait déclaré qu’une suite serait envisagée par la Fox… Cela dit, l’acquisition des studios par Disney a peut-être changer la donne.

En résumé, Master & Commander : De l’autre côté du monde n’est pas loin d’atteindre le rang de chef d’oeuvre. Peter Weir a relevé haut et fort le défi !

4 commentaires Ajouter un commentaire

  1. princecranoir dit :

    « Lawrence d’Arabie des mers« il y a de cela en effet.
    Pour l’avoir revu et chroniqué récemment, ce film déploie les qualités dignes des grands films d’aventure de l’ère classique d’Hollywood, sans négliger l’étude de caractère des personnages. Il a la puissance des grandes épopées romanesques du genre et on aurait aimé en voir plus, aller plus loin encore avec Lucky Jack et Peter Weir.

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    1. Je me demande si Peter Weir n’a pas été freiné par la distribution en salles… Le format de deux heures est là, alors qu’il y a clairement la place pour trois heures et ainsi donner au film une dimension encore plus importante.

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      1. princecranoir dit :

        C’est certain. La matière littéraire à la base permettait d’enrichir encore.
        Je ne sais pas si un éventuel director’s cut a été envisagé.

        Aimé par 1 personne

      2. Apparemment, il n’existe pas une version director’s cut. Peter Weir espérait réaliser un suite…

        Aimé par 1 personne

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