Critique : Le Juge et l’Assassin (1976)

Le Juge et l’Assassin est un film dramatique historique français coécrit et réalisé par Bertrand Tavernier.

Fin du XIXème, Joseph Bouvier est révoqué de l’armée à cause de ses excès de violence. Il décide de se venger sur toutes les personnes qui croiseront son chemin en Ardèche. Non loin de là, le juge Rousseau, passionné par l’affaire, prend part à l’investigation et se met sur les traces de Bouvier. Bien décidé à le mettre sous les verrous, c’est le début d’une chasse à l’homme.


Bertrand Tarvernier souhaitait à tout prix voir Michel Galabru endosser le rôle de Joseph Bouvier. L’acteur a été très surpris de se voir sollicité pour un personnage aussi sombre. Et lors du tournage, cette surprise s’est transformée en peur, celle de ne pas réussir à être crédible dans la peau de Bouvier, notamment face à Philippe Noiret. Michel Galabru a toujours souligné la bienveillance de son partenaire, qui lui permis de prendre réellement confiance en ses capacités d’incarner un rôle complexe et obscure.


Pile ou face ?

On m’a toujours loué que Le Juge et l’Assassin compte parmi les meilleurs films français des années 1970, avec un Michel Galabru à contre-emploi. Les arguments sont alléchants, et c’est pourquoi je n’ai pas hésité à découvrir ce film.

Tout d’abord, Bertrand Tavernier nous présente Joseph Bouvier sous toutes les coutures. Il apparait comme un homme en mal de repère, de but et d’amour. Il a été remercié par l’Armée Française, et se retrouve abandonné par le système. Il devient un vagabond instruit en quête d’existence. On fait facilement un rapprochement avec des œuvres comme Rambo : First Blood ou Voyage au bout de l’enfer. Le cinéaste français aborde l’après-guerre, et la part de responsabilité de l’État, vis à vis de ceux qui se retrouvent seuls après avoir donné pour les couleurs du pays. Les différentes institutions de l’époque sont traités de manière à pousser la réflexion sur le rôle de la société envers ceux que l’on nomme communément « les fous ».

C’est à ce moment là, que l’opposition va naître entre le juge Rousseau et Bouvier. Le premier voit l’autre comme l’unique responsable de ses crimes, tandis que le second estime que la société est responsable de son état. Il s’appuie sur le religion, et plus particulièrement sur la vierge Marie, qui l’accompagne dans son désespoir et ses actes. Bertrand Tavernier évite de tomber dans le manichéisme total. Il nuance avec intelligence le face à face, ce qui fait que l’on s’attache aux deux personnages, malgré leurs actes ou leurs pensées. De plus, le cinéaste s’appuie parfaitement sur le contexte social et politique de l’époque, ce qui donne encore plus de force à l’opposition qui anime les deux hommes.

Philippe Noiret est impeccable dans la peau du juge en quête de gloire. Face à lui, Michel Galabru s’en tire à merveille sous les traits de l’assassin. Il est logique de l’avoir vu récompensé pour son interprétation aux antipodes des rôles qui avaient précédemment fait son succès. Entre les deux hommes, Isabelle Huppert livre une prestation convaincante. Et pour finir, Jean-Claude Brialy impose tout son charisme naturel.

La bande originale signée par Philippe Sarde et Jean-Roger Caussimon, apporte une dimension très intéressante au long métrage. A travers les différentes chansons, notamment La Complainte de Bouvier l’éventreur, le film s’entrelace entre le conte et le drame historique.

En résumé, Le Juge et l’Assassin est un petit bijou à la française. Bertrand Tavernier offre une œuvre intelligemment composée, et qui reflète un véritable savoir-faire sur tous les plans. Philippe Noiret et Michel Galabru sont épatants !

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