Critique : Quai d’Orsay (2012)

Quai d’Orsay est une comédie française coécrite et réalisée par Bertrand Tavernier.

Alexandre Taillard de Worms, ministre des Affaires étrangères de droite, cherche à recruter un nouveau collaborateur. Il veut lui confier ce qu’il y a de plus important à ses yeux : les éléments de langage. Parce qu’il a entendu le plus grand bien de lui, Taillard propose le poste au jeune et prometteur Arthur Vlaminck qui a pourtant une sensibilité de gauche. Le jeune homme accepte, mais sa tâche s’annonce difficile.


Une leçon de cinéma et de comédie

Par le biais d’un ami, Bertrand Tavernier est tombé sous le charme de la bande dessinée créée par Christophe Blain et Abel Lanzac. Dés le lendemain, le cinéaste obtient les droits d’adaptation avec son associé, Frédéric Bourboulon. Un nouveau virage dans la carrière de Bertrand Tavernier, puisqu’il s’attaque à la comédie politique. Et cela se concrétise par une œuvre jubilatoire et totalement maitrisée. Quai d’Orsay reflète un cocktail d’amour et passion pour le cinéma, les mots, la bande dessinée et l’humour.

Les +

La maitrise du cadre et du rythme est remarquable. Tout est millimétré pour donner le tournis d’Arthur, et le transmettre au spectateur. L’effet est sans appel, et amène une identité singulière au long métrage. Bertrand Tavernier prend un malin plaisir à orchestrer (monter) les mots pour véhiculer cette sensation de manège et amener une atmosphère particulièrement énergique. Et le plus beau dans tout ça, c’est que le cinéaste nous offre une scène qui illustre parfaitement tout son travail de mise en scène et d’adaptation. Le comique de situation fonctionne à merveille, ce qui entraine plusieurs fous rires.

A travers les décors authentiques du quai d’Orsay, le cinéaste favorise l’immersion et surtout, il amène une crédibilité dans l’absurde. Il s’en dégage une atmosphère tourbillonnante, joviale et proche parfois de la folie pure. Un joli tour de force pour ses premiers pas dans la comédie.

La musique de Philippe Sarde est en phase avec le propos et les personnages. Les compositions ont un ton assez dramatique, ce qui donne encore plus de coffre au travail de Tavernier. Une opposition des genres qui diffuse une ambiance délicieuse.

Les personnages sont efficacement brossés, et bénéficient d’excellents interprètes. Thierry Lhermitte est impérial en ministre des affaires étrangères totalement secoué. Une nomination pour le César du meilleur acteur n’aurait été que justice. A ses côtés, Raphaël Personnaz trouve lui aussi un costume taillé pour lui. Sa prestation est subtilement nuancée, et prend encore plus de plomb dans la dernière partie. Niels Arestrup est à son aise en diplomate de l’ombre, ce qui nous donne une interprétation sublime. Et en fond de case, nous avons Julie Gayet, Thierry Frémont et Anaïs Demoustier. Tout ce petit monde s’éclate et c’est vraiment un pur bonheur.

Bertrand Tavernier et les auteurs de la bande dessinée ont composé avec intelligence cette adaptation. Chaque partie amène ses ingrédients avec un dosage précis, pour un équilibre solide. Au delà de l’aspect comique et satirique, le cinéaste français injecte quelques touches de sérieux dans l’histoire. Les thématiques du travail, du mérite ou encore de l’immigration sont assez bien étayés, et amènent à une réflexion intéressante sur l’univers de la politique.

En résumé, Quai d’Orsay est un coup de maître ! Bertrand Tavernier compte toujours parmi les plus grands cinéastes de l’hexagone.

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