Après Séance : Antoinette dans les Cévennes

Antoinette dans les Cévennes est une comédie française écrite et réalisée par Caroline Vignal.

Hier soir, cédant à la curiosité et surtout à une grande envie de me vider la tête, je suis allée voir un film dont la bande-annonce ne m’avait pas vraiment prise. Le scénario me paraissait assez sommaire, à base de gros gags et surtout sans surprise. Et j’avais complètement tort !

« Antoinette dans les Cévennes » est un film très fin, drôle, avec des acteurs excellents et des paysages magnifiques. C’est un film joyeusement amoral et tellement actuel. Un western cévenol contemporain porté par une Laure Calamy (Antoinette) éclatante de bout en bout.

Le film commence dans une salle de classe. Les élèves comptent à rebours tout en gardant leur tête dans leurs bras posés sur leur bureau On a l’impression d’une punition puis la caméra file sur le fond de la classe où on voit Antoinette en train de changer de vêtements pour apparaître, à la fin du décompte, quand ses élèves relèvent leur tête du bureau, dans une magnifique robe de soirée. Nous sommes surpris, encore plus que les élèves qui eux savent que c’est le jour de la fête de l‘école et qu’ils vont monter sur scène dans quelques minutes avec leur « maîtresse » qui « est trop belle ». La chanson qu’ils interprètent avec elle est « Amoureuse » de Véronique Sanson. Dans le public, mi craintif, mi amusé se trouve Vladimir (Benjamin Lavernhe), papa d’Alice, élève de la classe de CM2 d’Antoinette et amant de cette « maîtresse ». C’est à ce moment précis que j’ai compris que ce film allait certainement m’emmener sur des chemins qui risquaient de me surprendre. Une rando pas si balisée que ça ?

Eh oui ! Antoinette c’est la fille d’à-côté, elle n’est pas sublime mais elle est jolie. Elle est souriante. Elle a la quarantaine mais elle a un sourire espiègle de 20 ans. Elle est énergique. Ce n’est pas une croqueuse d’hommes, mais ce n’est pas une sainte Nitouche qui attend que son amoureux devienne libre. Elle est à la recherche d’une relation qui lui convienne mais ne trouve jamais l’homme qu’il lui faut au bon moment. La fille à laquelle il est facile de s’identifier. Elle vit, elle cherche, elle se trompe, recommence mais ne désespère jamais totalement. Apprenant que Vladimir part en vacances dans les Cévennes pour une randonnée avec sa femme et sa fille (et un âne), elle décide, sur un coup de tête de partir elle aussi dans l’espoir fou de le retrouver mais sans savoir à quoi lui serviront ses retrouvailles sous haute tension.

Ce rôle colle vraiment à la peau de Claire Calamy qui a toutes les qualités pour l’interpréter. On y croit tout au long de l’histoire. Elle illumine les paysages déjà fabuleux et des situations pas toujours agréables. On se sent complice avec elle comme, finalement, la plupart des gens qui la rencontrent dans ce road movie. Tantôt Blanche-Neige, tantôt Esmeralda, selon deux scènes marquantes de cette promenade, elle porte le film sur ses épaules et je la verrai bien obtenir un César (s’il y en a encore).

Son partenaire principal se nomme Patrick. C’est un âne chargé d’accompagner les randonneurs qui décident de suivre le chemin de Stevenson dans les Cévennes. Ce personnage joué par deux ânes dont l’un est comparé à un « Belmondo des ânes » (c’est-à-dire vif, réactif, joueur et cascadeur), selon Laure Calamy. L’autre étant plus « Actors Studio » (avec un jeu plus intériorisé), selon la réalisatrice Caroline Vignal. Le fait d’avoir deux ânes prend tout son sens quand on sait que Patrick peut être aussi têtu que conciliant, aussi détestable qu’adorable… Je vous laisse le plaisir de vous rendre compte par vous-même du rôle capital de cet animal.

Ce film joue vraiment sur le registre du western et du road movie où un héros solitaire, en compagnie de son fidèle équidé, traverse un paysage magnifique et fait des rencontres pittoresques. Sauf que le cow-boy est une jeune femme d’aujourd’hui et l’équidé un âne à la place d’un cheval. Il est très drôle et touchant, à l’image de son héroïne.

Lors d’un tête à tête magnifique entre Antoinette et Eléonore (Olivia Cote), l’épouse de Vladimir, on assiste à une scène où je vous mets au défi de prendre le parti de l’une ou de l’autre. Au départ, on se sent proche d’Antoinette, notre héroïne, qu’on suit depuis déjà un moment quand arrive ce face à face inévitable. Mais régulièrement, on se sent en empathie avec Eléonore qui, malgré sa position ne se la joue pas « femme bafouée » tout en sachant très bien argumenter « pour garder son homme » et en gardant son esprit ouvert.

Caroline Vignal sait tellement bien raconter les histoires, filmer les paysages et peindre des personnages en quelques touches qui nous racontent de manière concise toute leur vie à travers leurs réactions au contact d’Antoinette. Ce film est riche de ses personnages secondaires. Il ne juge personne, ni aucune situation. Ah ces fameux personnages secondaires ! croqués avec tant de tendresse. On s’attache à eux en quelques minutes. Chaque portrait est une petite perle. Je citerai pêle-mêle les premiers randonneurs en couple ou célibataire qu’Antoinette devrait retrouver tous les soirs aux étapes, les hôtes qui les accueillent dans les hôtels, les refuges, la bande de bikers, la guérisseuse…

Et pour renforcer l’effet western, le film se termine sur une chanson interprétée par Dean Martin dans le film « Rio Bravo » dont le titre est MY RIFLE, MY PONY AND ME. La BO est vraiment très bonne et variée mais j’ai envie de dire qu’avec cette chanson et « Amoureuse » (la première et la dernière chanson) on résume toute l’ambiance du film.

Ce film n’aurait pu être qu’un vaudeville de plus si la Nature, les paysages ne jouaient pas un rôle si important. Les Cévennes sont magnifiques ! Je n’avais jamais entendu parler du Chemin de Stevenson (oui, oui , l’écrivain écossais). Maintenant que je l’ai vu et même si je ne suis sportive pour deux sous, j’ai envie de le découvrir, d’aller randonner, de partir avec mon sac à dos et un âne. Et qui sait, de faire, comme Antoinette, connaissance avec moi-même.

Béatrice Lacourbas.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s