Après Séance : Adieu les cons

Adieu les cons est une comédie dramatique écrite et réalisée par Albert Dupontel.

Du 10 au 18 Octobre, s’est déroulé à Lyon la 12ème édition du Festival Lumière, une chance pour les cinémas lyonnais de revoir enfin des salles pleines (selon proportions Covid évidemment). Les spectateurs entre autres films ont pu assister à des projections en avant-première dont celle du dernier film d’Albert Dupontel « Adieu les cons ». Il s’agit de son septième long métrage en tant que réalisateur.

Adieu les cons est une tragédie burlesque, une histoire de filiation, une critique toujours très juste de notre mode de vie actuel, une histoire d’amour également. On rit, on pleure, on réfléchit après. C’est pour moi, le tiercé gagnant. La bande annonce reflète parfaitement l’ambiance du film. L’absurde dupontiellien nous mène nos réflexions directement à l’absurdité de la vie et de la mort.

Le film commence par une scène étrange où une jeune femme Suze (jouée par Virginie Elfira) apprend qu’elle est gravement malade et condamnée par la médecine. Tout d’abord on voit des images colorées d’IRM et on entend Suze dire que ces images sont vraiment très jolies. On entre de plein pied dans le monde de cette femme qui a une force de vie incroyable. Elle ne nie pas sa maladie, elle ne s’apitoie pas sur son sort elle veut juste finir son chemin en accomplissant La Tâche qu’elle n’a jamais pu faire aboutir « retrouver l’enfant qu’elle a abandonné à sa naissance quand elle avait 15 ans ». Ne voyez aucune démarche égoïste ni dans l’abandon (qui n’est pas de sa responsabilité) ni dans la volonté de le retrouver. Elle veut juste le voir une fois et s’assurer qu’il est heureux…. Suze c’est la vie même si son prénom laisse indiquer que la vie n’est pas douce avec elle, qu’elle est amère. Virginie Elfira, une fois de plus, est parfaite. Toute en sensualité et en émotion. Une véritable boule d’énergie pure, une force de vie. Pour moi, je l’ai toujours considérée comme une actrice lumineuse.

Une petite parenthèse sur la maladie grave qui est une maladie professionnelle due à l’utilisation des produits de coiffure dont est atteinte Suze. C’est une maladie auto-immune acquise et j’ai vraiment, étant moi-même atteinte d’une maladie auto-immune (moins grave je vous rassure), apprécié la façon très simple et très directe d’expliquer ce problème à la patiente.

Au moment où nous faisons la connaissance de JB (joué par Albert Dupontel lui-même), il est en train d’apprendre sa future mise au placard. Le génie de l’informatique se fait vieux. On ne lui reproche rien, juste son âge. On veut même qu’il forme les jeunes gens surdiplômés qui devront le remplacer. La cinquantaine est toujours un dur moment pour les salariés ce qui est vraiment bien rendu par cette scène kafkaienne. Malheureusement, JB n’a pas la rage de vivre de Suze. C’est un geek névrose et dépressif qui n’a que son travail dans sa vie. Il décide, suite à ce coup de barre derrière la nuque, de se suicider sur son lieu de travail. Il se rate et cette tentative passe aux yeux de la police pour un attentat terroriste. Albert Dupontel arrive à donner une saveur particulière à son personnage. C’est un homme attendrissant, déconnecté de la vie réelle parce que « trop connecté ». Un homme qui est passé à côté de la vie et qui n’a plus le courage de tenter de redresser la barre. Il se métamorphose aux côtés de Suze. Il s’ouvre aux autres, probablement pour la première fois de sa vie et ça lui fait du bien.

Commence alors une course-poursuite entre nos deux héros (qui vont bientôt être trois) et la police. Le troisième comparse est un homme devenu aveugle suite à une bavure policière. On lui a trouvé un emploi « spécial handicapé » dans une salle d’archive où personne ne va jamais mais où vont débarquer JB et Suze. Nicolas Marié joue ce personnage attachant, abîmé par la vie physiquement et moralement qui retrouve de l’allant aux contacts de ses deux personnages qui ont besoin de son aide. Sa vie est totalement changée par leur rencontre, il devient un héros.

Dans un rôle moins long à l’écran mais extrêmement touchant, on reconnaît Jackie Berroyer. Il joue le médecin qui a aidé la jeune Suze à accoucher il y a presque 30 ans. Il est atteint de la maladie d’Alzheimer. Pourra-t-il cependant l’aider dans sa quête ? On le souhaite, on l’espère et…. En tout cas, cette dernière scène du Dr Lint m’a tiré des larmes. Elle était toute en poésie, en amour, en douceur. Totalement irréaliste mais tellement belle !

Dans de très petits rôles, on croise Khian Khojandi ainsi que Grégoire Ludig et David Marsais du Palmashow. Et, acceptant de faire une apparition, Terry Gilliam (des Monty Python) dont Mr Dupontel dit être un fan absolu du film Brazil dont on peut sentir l’inspiration au long de cette histoire. La chanson « Mala vida » de la Mano Negra vient illustrer toutes séances de flashback de Suze. Je la trouve totalement appropriée dans la mesure où son rythme rappelle la jeunesse (de Suze et la mienne) et ses paroles les vicissitudes de la vie.

Ce film critique, mais toujours avec finesse, les institutions françaises (administration, police, Ehpad), la société en général (monde du travail, changement de physionomie des villes, multiplication des objets connectés…), les gens (leur nombrilisme, leurs peurs, leurs angoisses, leur nez toujours dans leur portable…). Finalement ne sommes-nous pas tous aussi aveugle que Mr Blin ? Chacun étant aveuglé par des problèmes différents. La solution qui nous est suggérée c’est l’amour, l’amitié, la solidarité, l’humour, tout ce qui rapproche véritablement les hommes.

Le damoiseau en détresse sera sauvé par le geek, l’aveugle et l’Amour inconditionnel d’une femme inconnue qui, à sa connaissance, n’est qu’une inconnue. L’image est belle, n’est-ce pas ?

Lors d’un débat avec Mr Dupontel, il nous a dit avoir testé plusieurs fins avant de choisir celle que nous avons vu. Pour ma part, je dirai seulement que la fin du film est tout simplement parfaite. Je n’en aurais pas vu d’autre. Certains la trouveront pessimiste mais, moi, je la trouve logique et plus positive que tout autre fin plus « happy end ». Mais pour savoir ce que vous en penserez, il va falloir aller au cinéma.

Béatrice Lascourbas.

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