Critique : Judge Dredd (1995)

Judge Dredd est un film de science-fiction américain réalisé par Danny Cannon.

En 2139, après une apocalypse nucléaire qui a ravagé le monde, la civilisation humaine survit dans de rares mégalopoles surpeuplées, les « Megacités », se protégeant du monde extérieur qui depuis la guerre est devenu désertique, radioactif et peuplé de créatures mutantes. Mais les Megacités sont aussi gangrenées par une criminalité galopante, conséquence de la surpopulation.

Au sein de ce cauchemar urbain des Megacités patrouillent les Juges, des policiers qui sont un condensé de tout le processus légal de lutte contre le crime. En effet, ils sont à la fois « policiers, jurés et bourreaux », concentrant tous les pouvoirs (législatifs et judiciaires). Juchés sur de puissantes motos volantes (les « tribunaux-glisseurs »), les Juges font régner l’ordre dans la Megacité. Parmi ceux de Mega-City One, un individu se distingue, le très respecté et très craint Juge Dredd, qui a la réputation d’être un Juge inflexible et sans compromis.

Mais Dredd, après des années de bons et loyaux services dans la Megacité, est accusé — preuves fabriquées à l’appui — du meurtre d’un journaliste, malgré son innocence.


Passe à ton voisin !

Judge Dredd a connu pas mal de complications dans sa production. Des changements à tous les étages, un beau bordel à l’américaine. A l’époque, plusieurs sociétés de production sont à l’agonie. Carolco Pictures avait initié le projet d’adaptation du comics de John Wagner (scénariste) et Carlos Equerra (dessinateur). La firme a sollicité ses plus proches collaborateurs pour porter le produit sur la grande toile. Renny Harlin (Cliffhanger, Die Hard 2) et Arnold Schwarzenegger ne sont pas convaincus par la solidité du projet, et refusent d’y participer. Richard Donner est approché, mais sans succès. Le réalisateur américain est en contrat (juteux) avec la Warner, et ne souhaite pas s’embarquer à bord d’un bateau en perdition.

Sylvester Stallone est le premier à officiellement s’engager pour le projet, sans avoir lu une page du comics. Alors que la production est à l’arrêt complet, la star hollywoodienne va alors prendre les choses en mains et faire jouer ses relations. Les droits d’adaptations passent chez Cinergi Pictures (Super Mario Bros, Tombstone) et Hollywood Pictures. Les deux sociétés ne sont pas réputées pour être les plus encourageantes auprès des réalisateurs et scénaristes. La plupart de leurs films ont été des flops, à cause des nombreux conflits d’intérêts entre les différentes parties. Judge Dredd ne va pas déroger à la règle, même si Sylvester Stallone va réussir à sauver le restant des meubles.

Tout d’abord, l’acteur et les producteurs misent sur un jeune réalisateur britannique, Danny Cannon. Ce dernier vient de terminer The Young Americans, un polar avec Harvey Keitel et Viggo Mortensen. Le réalisateur apprécie le comics, et apparait assez docile pour la production. De son côté, Sylvester Stallone fait appel à son ami, Armand Assante pour incarner Rico. Initialement, le rôle était prévu pour Christopher Walken. Pour amener la touche loufoque, Rob Schneider est engagé, alors que Joe Pesci était le premier choix.

Adrian Biddle (Aliens, le retour1492 : Christophe Colomb) est choisi en tant que chef opérateur, afin d’apporter son expérience auprès de Danny Cannon. Et la petite cerise sur le cake, c’est la contribution d’Alan Silvestri sur la bande originale. Globalement, on part sur une équipe plutôt solide et compétente pour un tel projet.

Cependant, lors de sa sortie en salles, Judge Dredd déçoit sur le plan cinématographique et financier. Il est reproché au film d’être déséquilibré, notamment à cause d’un humour trop lourd. D’ailleurs, il a souvent été qualifié de nanar culte des années 90. Qu’en est-il aujourd’hui ? Est-ce vraiment si mauvais ?


De bons ingrédients, mais un mauvais dosage…

L’ouverture du film renvoie à celles des films du MCU, il est fort à parier que Judge Dredd a inspiré quelques adaptations comics. Les premières notes d’Alan Silvestri amènent déjà un souffle épique et une identité sonore, une iconisation qui se met en place.

L’introduction pose efficacement le décor du XXIII ème siècle, Danny Cannon (et les producteurs) joue la carte de la simplicité pour à la fois respecter le côté comics et élargir l’audience.

La direction artistique a été influencée par les grandes œuvres de la science-fiction, comme Blade Runner. Il y a également un recyclage des décors de Super Mario Bros. Le mélange est satisfaisant, à défaut d’être totalement original. Sylvester Stallone est clairement au centre du produit, à l’image de son entrée « iconique ». Il a pour mission de porter le long métrage sur ses larges épaules.

Le premier quart d’heure reflète une adaptation qui se veut sombre, violente et spectaculaire. Le cabotinage de Sylvester Stallone épaissit la caricature de son personnage. Lorsque vous avez une dizaine d’années, vous sentez l’aspect héroïque des années 80’s. Une fois adulte, le sentiment diffère et amène à sourire quelques fois.

Danny Cannon apparait comme une gentille marionnette, tout est balisé pour que la star du film soit un maximum à l’écran et que l’action prime sur le script. L’angle humoristique ne s’accorde pas avec la violence et le sujet du film. On retrouve cette faiblesse sur les autres flops des producteurs. Il y a deux lignes directrices qui s’emmêlent, même si c’est moins chaotique que sur Super Mario Bros.

La photographie d’Adrian Biddle apporte une identité visuelle assez forte, qui fusionne efficacement avec l’identité sonore d’Alan Silvestri. Ils n’ont pas raté l’iconisation du personnage et de son environnement.

Côté casting, on a l’impression que l’ensemble est en roue libre. Cela nous donne des interprétations inégales et forcées. Sylvester Stallone va en faire des caisses, au point que l’on frôle souvent la parodie, tout comme Armand Assante. La prestation de Rob Schneider favorise maladroitement cet aspect « décontracté ». Côté féminin, Diane Lane correspond plutôt bien au genre et à son personnage. Max von Sydow se montre solide en juge suprême.

Cinq personnes se sont chargés d’écrire cette adaptation. Steven E. de Souza (Piège de cristal, Street Fighter) avait pour mission d’introduire la touche humoristique du buddy movie au sein de l’histoire. Le résultat final n’est pas très convaincant. Le côté horrifique et futuriste a été orchestré par Michael De Luca (L’Antre de la Folie, La fin de Freddy, l’ultime cauchemar) et William Wisher (Terminator 1 et 2). Il s’agit peut-être de la meilleure partie du script, puisque cela colle au comics. John Wagner et Carlos Ezquerra ont réadapté légèrement les personnages pour le cinéma. Herman « Fergie » Ferguson (Rob Schneider) est certainement un ajout de la part de la production par le biais de Steven E. de Souza.

Bien que ce ne soit pas très original, l’intrigue tient tout de même debout grâce à des thématiques classiques, mais au combien efficaces. Les grosses ficelles du divertissement américain sont toutes tirées, jusqu’à la rupture. La course-poursuite en speeder reste oubliable et comble un vide artistique. Les personnages sont facilement introduits, à défaut d’être vraiment construits et développés.

A mes yeux, un duo John McTiernan (Predator) et David S. Goyer (Blade, Dark City) auraient pu amener à une adaptation à fois plus solide et audacieuse. Cela dit, Danny Cannon et son équipe ont réussi à livrer un divertissement qui surfe entre le sérieux et le (trop) décomplexé. C’est loin d’être parfait, mais certains ingrédients sont communs avec des adaptations comics récentes. La recette de Judge Dredd est brute de décoffrage, mais il faut lui reconnaitre quelques petites réussites qui ont été mieux exploitées par la suite.

En résumé, Judge Dredd respire le pop-corn très caramélisé. Sylvester Stallone et ses copains se gavent comme des oies, jusqu’à l’overdose. Heureusement, on a eu des belles choses avant et après.

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