Critique : Le Mans (1971)

Le Mans est un film dramatique sportif américain réalisé par Lee H. Katzin ( et John Sturges).

Michael Delaney, coureur automobile, revient sur le circuit des 24 Heures du Mans un an après son grave accident dans lequel Pierre Belgetti, un autre pilote, a perdu la vie. Delaney dispute la course au volant d’une Porsche 917 aux couleurs du pétrolier américain Gulf, il est l’un des deux favoris avec l’Allemand Erich Stahler. La course se déroule sous les yeux de la veuve de Belgetti.


L’enfer de la course pour l’enfer du tournage

A la fin des années 1960, Steve McQueen souhaite être à la tête d’un film sur le sport automobile. Après avoir collaborer avec la Warner, l’icône américaine s’associe à la chaine CBS pour produire le long métrage. Pourtant, les deux parties ne partagent pas la même vision des choses. L’acteur veut se rapprocher d’un documentaire, tandis que CBS souhaite un pur long métrage fictif. John Sturges est engagé pour à la réalisation, alors qu’aucun script n’a été officiellement commandé.

Le réalisateur démarre les repérages en 1969, lors la célèbre course. Le budget initial est dépassé, rien qu’avec cette première partie du tournage. La pression s’intensifie sur John Sturges et Steve McQueen. CBS inspecte la moindre pellicule et tous les faits et gestes de l’acteur et du réalisateur. Ce dernier quitte le tournage, agacé par la surveillance des patrons de CBS, par l’arrêt temporaire du tournage, par la révolte des figurants français et surtout par les déboires de Steve McQueen. Sa démission sera suivie de celle du chef monteur Ferris Webster. Le Mans prend l’étiquette du projet maudit, mais Steve McQueen ne veut pas lâché l’affaire. CBS fait appel en catastrophe à l’un de ses réalisateurs, Lee H. Katzin. Celui-ci n’est pas un expert de la course automobile, mais il a une certaine expérience de la série télévisée (Les Mystères de l’Ouest, Bonanza). Il est capable de s’adapter à la situation, même si elle est très délicate.

Au départ, Lee H. Katzin et Steve McQueen ne roulent pas dans la même direction. Mais, le réalisateur ira s’entretenir un soir avec l’acteur dans sa caravane afin d’enterrer la hache de guerre, et réussir le film. Convaincu par Katzin, McQueen retrouve la motivation pour terminer le long métrage. Le scénario est confié à Harry Kleiner (Bullit, Extrême préjudice), qui compose au jour le jour sur le plateau.

Une fois le tournage terminé, Lee H. Katzin suit le montage de très près. Steve McQueen lui fait entièrement confiance, malgré sa peur de l’échec. Les projections privées vont ravir les dirigeants de CBS, le réalisateur, et surtout Steve McQueen. Le Mans reflète tout ce qu’il voulait voir à l’écran, et il remerciera Lee H. Katzin lorsque les lumière se sont rallumée dans la salle.

Une mécanique huilée au pinceau

Après un tournage aussi chaotique, rien n’indiquait que Le Mans allait être une réussite. Avec un budget qui a dépassé les 7,5 millions de dollars, CBS craignait la banqueroute. Et même si il n’a pas rapporté (5,5 millions de dollars) autant qu’il a couté, Le Mans s’est imposé comme une référence du sport automobile au cinéma, et cela a donné un joli coup de projecteur aux 24 Heures du Mans. La course est devenue l’une des plus prestigieuses du monde, au même titre que le Grand Prix de Monaco et les 500 miles d’Indianapolis.

Les premières minutes du long métrage nous brosse le portrait de Michael Delaney (Steve McQueen) avec une certaine pudeur, qui colle parfaitement à l’aura de son interprète. On devine un pilote tourmenté par la course de l’année précédente. Le scénariste, Harry Kleiner fait preuve d’une redoutable simplicité dans son script improvisé. Il s’est appuyé sur les attitudes et la tension qui étouffaient le tournage. Une subtilité qui paye et participe activement au mélange fictif et documentaire du long métrage.

Au niveau de la mise en scène, Lee H. Katzin et son équipe livrent un véritable spectacle novateur, tout en étant dans l’intimité du pilote. De nouveaux codes se mettent en place, et on les retrouve encore aujourd’hui dans le cinéma d’action et lié au sport automobile. Techniquement, c’est époustouflant ! On assiste à des séquences qui scotchent et secouent le spectateur. Ce dernier accompagne au plus près Michael Delaney, et vibre à l’intensité d’une véritable course. Autre particularité audacieuse, c’est le rythme adopté par le réalisateur. Les voitures vont à plus de 300km/h, et pourtant il arrive à suspendre le temps. Sa caméra s’attarde sur les regards et les gestes. Il capte les émotions et le trouble qui émanent d’une course aussi électrique et renversante. L’esprit compétitif est omniprésent, et il est distillé avec maestria. Lee H. Katzin a pris un énorme plaisir à orchestrer un tel film, cela se ressent à l’écran et même lorsqu’il en parle dans les différentes interviews. Il est dommage de ne pas l’avoir vu être attaché à d’autres projets aussi prestigieux dans la suite de sa carrière.

L’investissement de Steve McQueen ne peut-être remis en cause, tant son interprétation révèle un amour inconsidéré pour la course automobile. Il fait parler tout son charisme, et malgré son mutisme, l’acteur donne une réelle profondeur à son personnage. A ses côtés, on retient surtout l’actrice allemande, Elga Andersen qui reflète la peur et la mélancolie.

La musique de Michel Legrand est à la fois épique et intimiste. Toute une époque du cinéma et de la musique y est résumé. On repense aussi à « Un été 42« , car là aussi la musique réfléchissait les sentiments camouflés des personnages.

En résumé, Le Mans est une œuvre précuseuse qui va inspirer Tony Scott, Ron Howard ou encore George Miller. Le film fête ses 50 ans cette année, et il reste incroyablement spectaculaire. Steve McQueen était un véritable passionné, un visionnaire… bref un mythe !

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