Critique : Debout sur la montagne (2019)

Debout sur la montagne est une comédie dramatique française écrite et réalisée par Sébastien Betbeder.

À l’occasion de l’enterrement du grand frère de l’un d’eux dans un petit village de haute montagne, trois amis convergent vers ce lieu où ils ont passé leur enfance et où une vive amitié, en même temps qu’un traumatisme commun, les liait. Se retrouvent ainsi Hugo (Bastien Bouillon), enseignant fraîchement démissionné qui décide de passer au stand-up, Bérénice (Izia Higelin), qui dérive d’homme en homme et d’un job à l’autre, et Stan (William Lebghill), qui, passées les timidités et pudeurs du premier contact, livre soudain, dans un sourire, sa schizophrénie diagnostiquée et le lourd traitement psychiatrique qu’elle implique.

Avec un tact infini, dans une légèreté apparente qui n’est que le voile élégamment jeté sur la profondeur, tout en ne s’interdisant pas des moments de gravité, Sébastien Betbeder, également scénariste, accompagne la reformation du trio autrefois inséparable, tout en contournant d’emblée l’écueil d’un copié-collé de « Jules et Jim ». Comme pour une greffe parfaite, on assiste à la suture immédiate de la complicité, voire de la tendresse, enjambant le temps et les quatorze années d’éloignement. Mais, l’âge ayant changé, les interrogations ont parallèlement évolué et les enjeux se sont faits plus radicaux.

Par petites touches, au fil des dialogues aussi naturels que subtils, le réalisateur quarantenaire, qui signe là son septième long-métrage, prend le temps d’affiner le portrait de chacun des membres du trio, tous infiniment touchants et comiquement doublés, sans qu’une équivalence soit étroitement ni rigidement posée, par un trio animal joyeusement décalé ; Pierre, le grand frère disparu, incarné avec sensibilité par Jérémie Elkaïm, avait en effet recueilli, dans sa petite maison investie par le trio, un zèbre, un lama et un lémurien, dont la présence candide et fantasque contribue joliment à égayer l’atmosphère.

Car il apparaît clairement – ce qui a peut-être pu déconcerter une partie du public – que Sébastien Betbeder souhaite avant tout ne pas enfermer son film dans un genre ni l’asservir au traitement balisé de celui-ci. De même que drame et comédie s’y mêlent, comme dans l’existence même, le réalisateur ne craint pas de pratiquer quelques incisions de fantastique, opportunément et naturellement amenées par la démence de Stan, mais n’hésitant pas, très exceptionnellement, à franchir le pas du merveilleux, s’il s’agit de sauver la vie d’un homme. D’ailleurs, aucune de ces insertions n’est posée comme menaçante ; toutes sont au contraire mues par une profonde empathie et une grande bienveillance envers les maux humains.

Un humain dont la diversité merveilleuse n’est en rien bannie, puisque, malgré la sauvagerie relativement insularisée de ce cadre montagnard du haut du monde, les seconds rôles ne cèdent en rien à la complexité sympathique des premiers rôles. Gravitent ainsi, autour du trio central, un curé fantasque vigoureusement campé par André Wilms, un montagnard ermite et amoureux (Estéban), une tenancière de bar aussi artiste que déterminée et vaillante organisatrice (Laëtitia Spigarelli), un vieux maire alzheimique (François Chattot), son fils, autant dévoué qu’égaré (Guillaume Labbé), un amant désolé qui rappe son désespoir au sommet d’une falaise (Rabah Naït-Oufella), un gendarme bienveillant (Jean-Claude Bolle-Reddat), un taxi philosophe (Grégoire Tachnakian), et même les trois amis enfants, qui pourraient « avoir été » les adultes qu’ils deviendront (Romane Kolkowicz, Milhane Idiri et Albert Geffrier, que l’on prendra plaisir à retrouver dans « La Dernière Vie de Simon », 2019, de Leo Karmann)… Sans oublier un fascinant musicien chanteur et instrumentiste, Sourdure, qui apparaît à l’écran mais a également composé la musique du film et en accompagne les paysages somptueux de ses instruments singuliers, entre archaïsme et revisitation contemporaine.

Sébastien Betbeder réussit là un film tout à la fois sombre et lumineux, dans lequel les blessures n’occultent pas l’espoir, et qui remet moralement « debout » ses spectateurs, que ce soit « sur la montagne » ou dans leur fauteuil cinématographique.

Anne Schneider.

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