Critique : High-Rise (2015)

High-Rise est un thriller de science-fiction britannique coécrit et réalisé par Ben Wheatley.

Le Dr Robert Laing, en quête d’anonymat, emménage près de Londres dans un nouvel appartement d’une tour à peine achevée mais il va vite découvrir que ses voisins, obsédés par une étrange rivalité, n’ont pas l’intention de le laisser en paix. Bientôt, il se prend à leur jeu et alors qu’il se démène pour faire respecter sa position sociale, ses bonnes manières et sa santé mentale commencent à se détériorer en même temps que l’immeuble.

I.G.H. de J. G. Ballard a longtemps fait l’objet d’une adaptation au cinéma. Le producteur Jeremy Thomas (Crash, Furyo) détenait les droits depuis 1975. Nicolas Roeg (Ne vous retournez pas, Eureka) et Vincenzo Natali (Cube, Splice) ont travaillé sur le projet, mais l’aspect financier s’est révélé trop faible pour mener à bien le long métrage.

Au début des années 2010, Ben Wheatley (Kill list, Rebecca) et Jeremy Thomas tombent en accord pour (enfin) lancer l’adaptation au cinéma. Le cinéaste britannique obtient un budget de 8 millions de dollars, et une carte quasi blanche pour l’écriture et la réalisation.

Lors de sa sortie en (petites) salles, High-Rise a reçu un accueil assez tiède de la part de la presse et du public. Au box office, le long métrage atteint les 4,1 millions de dollars.


La création dans la décomposition

L’œuvre de J.G. Ballard fascine totalement Ben Wheatley et sa femme, Amy Jump (coscénariste). Ils s’approprient la vision obscure de l’humain et de son avenir, en apportant une dimension plus fiévreuse et insaisissable. La société et le capitalisme sont concentrés dans une tour, où les occupants sont renvoyés à leur propre existence. La technologie, les croyances, les échecs, ou tout simplement les sentiments viennent viennent alimenter les instincts primaires de l’humanité. Tout s’entrechoque pour donner lieu au chaos, soit la phase finale de l’humanité ?

La galerie de personnages représente les différentes classes sociales. Chacun est confronté à sa place dans la société, et encore plus au sein de cette fameuse tour. L’envie, la jalousie, l’égoïsme et la domination viennent parfaitement articuler le propos. Le symbolisme participe également à l’évolution des différents habitants, et amène à une réflexion satirique sur l’humain.

La structure narrative emprunte plusieurs genres, ce qui fait naitre une certaine confusion sur les actes et les sentiments. Ben Wheatley et Amy Jump prennent un malin plaisir à porter une déferlante dans la tour. Le chaos est particulier, puisqu’il fascine autant qu’il peut sembler disproportionné parfois. L’urbanisation extérieure de la tour et de la ville manque cruellement de relief pour favoriser la cohérence dans l’attitude des personnages.

D’ailleurs, la direction artistique de Mark Tildesley reflète cette carence. Le concept visuel de Ben Wheatley se fixe principalement sur les décors intérieurs, les costumes et les accessoires. Il maitrise à merveille le côté rétrofuturiste pour servir son récit. Il y a un effet hypnotique qui vient nous cloitrer au plus près des personnages. Outre son esthétisme et son atmosphère suffocante, le cinéaste distyle un montage abyssal et dynamique. On comprend pourquoi il aime être à la tête du découpage de son travail.

La distribution est charismatique à souhait. Ben Wheatley a misé sur des interprètes capables de souffler la douceur et la bestialité. Sa direction et son cadre renvoient à la fois à la tentation, le mystère et la peur. Tom Hiddleston est impérial, tout simplement. Il cristallise la vision de l’auteur et du cinéaste. A ses côtés, Jérémy Irons, Sienna Miller, Luke Evans et Elisabeth Moss sont impeccables. La passion du producteur, de Ben Wheatley et Amy Jump se ressent à travers la performance collective du casting. Il aurait amusant de voir David Cronenberg interpréter le propriétaire du lotissement.

Côté musique, Clint Mansell signe un score sublime. Ses compositions s’accordent avec l’hybridation des genres, comme c’était un peu le cas pour Stocker de Parl Chan-wook. L’appropriation de la chanson S.O.S. d’Abba par l’orchestre royal philharmonique et Portishead est particulièrement réussie.

En résumé, High Rise se rapproche tout doucement du cinéma Stanley Kubrick, Bong Joon-ho et David Cronenberg. Bien qu’il n’atteint pas les mêmes sommets que ses maîtres, Ben Wheatley signe une œuvre singulière avec des partis pris discutables, bien qu’ils soient assumés. Ça décoiffe !

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