Critique : Snake Eyes (1998)

Snake Eyes est un thriller américain écrit par David Koepp (L’impasse, Panic Room) et réalisé par Brian De Palma.

Au palais des sports d’Atlantic City, la foule est venue en nombre assister au combat du siècle, opposant deux poids lourds de la boxe anglaise. Mais la soirée dérape lorsque des coups de feu éclatent à proximité du ring, touchant mortellement le secrétaire à la Défense des États-Unis. L’enquête commence sous la direction d’un inspecteur plutôt corrompu, Rick Santoro. Rick va tenter de restaurer sa réputation et sauver celle de son ami Kevin Dunne, chargé de la sécurité du secrétaire à la Défense, absent au moment du drame.

Intrigué par le fait que le boxeur favori s’est délibérément « couché » à l’instant fatidique, facilitant ainsi le travail du tueur, Santoro mène son enquête.


Le dernier coup du Virtuose ?

Après L’impasse et Mission Impossible, Brian De Palma et David Koepp ont désiré retravailler ensemble. Le scénariste souhaitait composer une histoire qui peut prendre une véritable dimension cinématographique, grâce au savoir-faire du cinéaste. Ce dernier voulait mettre en scène un thriller ambitieux, dans la veine de ce qu’il a pu faire par le passé. Un beau défi s’est donc posé pour les deux hommes. A t-il été relevé ?

Snake Eyes n’a jamais été considéré comme l’un des plus grands films de Brian De Palma. Pourtant, il fascine toujours autant. Le long métrage dépoussière énormément de productions américaines d’aujourd’hui.

Dans son ensemble, le scénario ne révolutionne rien. David Koepp a composé une intrigue assez simple, afin que Brian De Palma bénéficie d’une totale liberté dans sa mise en scène. On retrouve des ficelles bien connues du thriller, à savoir un meurtre, des suspects, des apparences et de la manipulation. La mécanique du puzzle ne se révèle aussi intelligente, que la caméra de De Palma. Les thématiques sont également téléphonées, et le suspens s’essouffle trop rapidement. On retrouve cette facilité dans la composition des personnages. David Koepp déçoit, car il était capable de beaucoup mieux à l’époque. Brian De Palma s’approprie les lignes pour mettre en lumière les coulisses du « rêve américain ». Le sang, la drogue et la triche sont les facteurs de la réussite à Atlantic City.

Alfred Hitchcock est l’une des grandes références de Brian De Palma, et cela se ressent sur chacun de ses thrillers. Il affectionne les puzzles dramaturgiques, d’où son plaisir de balader sa caméra à travers différents couloirs, plafonds… Le cinéaste fait appel à toute sa créativité et son amour pour l’image, pour nous offrir une scénographie d’exception. Son ouverture embarque littéralement le spectateur, qui prend place aux côtés de Nick Santoro (Nicolas Cage). Une immersion intense et prodigieuse, qui laisse entrevoir une œuvre hors du commun. Cependant, la virtuosité de De Palma s’affaiblit dans le dernière demi-heure. On surfe sur des scènes plus académiques, proches du téléfilm par moments. Le reflet de la faiblesse du script ou une volonté d’en finir au plus vite ? Le tournage n’était peut-être pas une promenade de santé. L’exigence technique du cinéaste a peut-être pesé sur le casting et l’équipe technique. Nous n’avons pas les réponses concernant la baisse de rythme et de créativité.

Les décors favorisent l’immersion, et Brian De Palma apporte une atmosphère fiévreuse et clinique. Derrière les portes se cachent la vérité, ou pas. Le spectateur doit se montrer attentif, et cela aurait parfait si la tension et le suspens soient maitrisés jusqu’à la dernière seconde.

Un petit mot sur l’excellent travail du compositeur japonnais, Ryūichi Sakamoto qui offre un score sublime à Brian De Palma. La virtuosité de l’un épouse celle de l’autre.

En 1998, Nicolas Cage est au sommet de sa carrière. Il enchaine les blockbusters à succès et obtient des rôles importants chez Martin Scorsese, Joel Schumacher ou encore Michael Bay. Sous la direction de Brian De Palma, l’acteur se montre particulièrement inspiré. Le cinéaste s’appuie sur son jeu fougueux et électrique pour donner corps à cet inspecteur borderline.

Initialement, le rôle du commandant Kevin Dunne revenait à Will Smith. Ce dernier a décliné pour une incompatibilité d’emploi du temps. Un premier choix qui se justifie pour Brian De Palma, qui veut casser l’aura héroïque de la star hollywoodienne. Le personnage est finalement campé par Gary Sinise, qui se montre convaincant. L’effet de surprise concernant son personnage n’est pas des plus subtiles, alors qu’avec Will Smith, ça aurait donné quelque chose de plus intéressant.

Carla Gugino peine à convaincre avec un personnage écrit à la truelle. John Heard et Stan Shaw sont très bons, mais encore une fois l’écriture de David Koepp ne puise pas le potentiel de ses acteurs.

En résumé, Snake Eyes a de très bonnes intentions sur la forme. Malheureusement, le script de David Koepp n’est à la hauteur. La qualité du long métrage reste plus que satisfaisante, car les prouesses techniques et artistiques sont présentes. Les dernières étincelles de Brian De Palma.

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